jeudi 7 décembre 2023

Jeunesse

Jeunesse 

Et revient sans cesse
Le temps
Celui de la jeunesse 
En kermesse
D' émois qui vagabondent
De coeurs qui se confondent
 
En joie profonde
Qui inonde
Chacune des secondes
De la fête blonde
 
Les yeux bleus
Radieux
Levés
Vers le bleu
D' un ciel
A l' avenir lumineux
Sans nuages
Sans présages
Sans orage
 
Quiétude
Plénitude
Certitude
Que rien de tout cela
Jamais ne finira
Que tous ces instants
Flamboyants
Forment une ribambelle
De bonheurs éternels
 
Et puis
D' un coup
Tout
Tout s' évanouit
 
Comment ? C' est déjà fini ?
                        JB

mercredi 6 décembre 2023

Destin et ange gardien (1)

Destin et ange gardien 

C' était en 1944, inexorable, la machine de guerre volante anglaise et américaine pilonnait tout, détruisait tout, les bombes pleuvaient sur voies ferrées, gares, ponts. 




On entendait de loin un murmure qui enflait, enflait, occupait tout l' espace et soudain les fusées éclairaient la nuit, un sifflement énorme s' amplifiait et Léviathan faisait son oeuvre. Puis le lourd silence,      l' attente de la deuxième vague,et les ruines, et les camarades absents du lycée les jours suivants et qu' on retrouva alignés, étendus, figés, dans la cathédrale de l' adieu. 

  La veille, ou quelques jours auparavant, lors d' une baignade,  j'avais déjà traversé la Marne à allure record, sous la trajectoire soudaine d' un avion qui visait un train sur la voie ferrée parallèle à la rivière, les projectiles étaient passés au-dessus de ma tête, mes bras avaient fortement mouliné jusqu' à la terre ferme.

                                                                                 Ce jour-là, J' étais allé à la rencontre de mon père pour lui dire que des parents l' attendaient à la maison. Je le rejoignis au milieu d' un petit groupe qui regardait les énormes flammes    s'échappant d' un train de citernes à quelques centaines de mètres, les avions avaient finalisé la destruction de convois qu' ils avaient commencée les jours précédents. Je me joignis au groupe des cinq ou six spectateurs, sans applaudir cependant, c' était si navrant d' en arriver à de telles solutions où plus rien ne comptait, même les vies, amis ou ennemis confondus.


  On perçut le sifflement d' une balle qui se fit un chemin dans le groupe et s' en alla plus loin, pas de victime mais arrivèrent deux soldats allemands  sautant à terre de leurs bicyclettes,  d'où l' imprécision du tir, vociférant, gesticulant, de vrais pantins désarticulés, des jeunes, des grands gamins, ultime recours d' un pouvoir qui avait réussi à faire tuer tous ses adultes ou presque.  Ils se précipitent sur nous, nous poussent le long d' une haie proche, nous alignent, reculent, toujours hurlant, réarment leurs fusils...

                                                                                                         Mon père me souffle, "sauve - toi". Dans la haie derrière moi une échancrure pouvait au prix de quelques éraflures me permettre de plonger et m' enfuir à toutes jambes, je pouvais m' en sortir, mais je savais qu' ils allaient aussitôt tirer "dans le tas" et qu' aucun des autres, père compris, n' en réchapperait, et je ne pouvais laisser mon père, solidarité familiale. Je restai face à mon destin, on allait mourir ensemble.                                        

Les fusils étaient levés et armés et se pointaient sur nous, on attendait la conclusion, quand on entendit des cris, une autre bicyclette arrivait, en descendit très vite un officier allemand qui se précipita sur les soldats et leur intima l' ordre, à grand renfort de gestes, de baisser les fusils et de s' éloigner. Cet homme qui nous avait sauvé la vie, ne nous regarda pas, ne demanda pas un remerciement, il s' en alla, avec sans doute sur lui le poids et la tristesse infinie, de ce désastre que lui n' avait peut-être pas voulu. Il savait que c' était la fin et ne voulait pas ajouter d' autres vies à l' énorme bilan.                        

J' ai repensé ensuite à cet homme qui n' échappa peut-être pas à la traque aux derniers soldats perdus qui se faisait sans distinction des mauvais et des bons. 

                                                                                            Des semaines passèrent , mon destin me réservait un autre gros choc émotionnel.

et voilà que le lis dans une ancienne revue de la Lozère, à peu près la même histoire.
"...la façon miraculeuse dont, toujours près de Badaroux,à quelques centaines de mètres de la maison parentale,il a avec un camarade, échappé au peloton d' exécution :alors qu' ils étaient à  la pêche au bord du Lot, ils sont pris entre deux feux puis appréhendés lors d' une échauffourée entre F.F.I. et Allemands, lorsqu' au dernier moment, déjà collés au rocher, un vieux soius-officier allemand ordonne à sa section d' aller surveiller la route et leur dit : partez, partez"  ( J-P Nogaret- " Mémoires d' un réfractaire" )

mardi 5 décembre 2023

Destin et ange gardien (2)

                                                                                             J'ai raconté comment j'eus la vie sauve par l'intervention d'un officier allemand las des tueries, je me remis très vite de mes émotions, on déboucha le champagne au retour et on mit en réserve cette belle histoire dans la boîte aux souvenirs à raconter aux petits enfants.


 Cependant la guerre s'amplifiait, je connus les bombardements de Laon, une destruction impensable, l'apocalypse en marche, la descente aux souterrains du lycée, calme cependant je n'ai jamais couru, les lendemains à aider au sauvetage de ce qu' on pouvait retirer des maisons éventrées, les énormes bombes non explosées qu'on allait visiter, les rails dressés, les wagons renversés. Et bizarrement je dirai qu'on s'y habitue très vite. De retour au village, on sortait pour écouter le passage des escadrilles de bombardement qui se dirigeaient vers l'écrasement total de l'Allemagne. 

Les avions revenaient et se délestaient de leurs dernières bombes sur n' importe quelle cible, en l' occurrence, ce fut une péniche près du pont défunt. J' étais sorti pour voir passer les avions et regarder les petits nuages dessinés par l'éclatement des obus de DCA. Ce jour-là, ils passaient plus bas que d' habitude, juste au-dessus de nos têtes curieuses, certains habitants étaient dans les caves, j'avais choisi le spectacle direct et soudainement je vis se dessiner dans le ciel des traits noirs parallèles comme des flèches qui indiquaient le sol. Interrogation et stupéfaction, c'est pour nous.


Vite je m' accroupis le long d'une double porte en tôle et ce fut un fracas infernal, une horreur  acoustique et je sentis dans mon dos des impacts que je commençai à compter, un, deux, j'avais des chances, davantage impossible de survivre, 



dix, vingt, trente, tu vas mourir dans les instants qui viennent le corps criblé, percé, toute ma vie repassa en un instant sans résolutions pour si j'en réchappais, car je ne pouvais pas en réchapper et déçu de finir comme ça j'attendis la perte de conscience.

 J' attendis et je réalisai soudain que je n' étais pas mort, étonnement, je me relève dans un nuage de poussière qui cachait en partie, à 20 mètres de là, pas plus, un énorme trou où on aurait pu placer une maison. Je revins quelque temps après contempler l' excavation, et la porte en tôle percée par les éclats de bombe à  l' exception de l' endroit où je m' étais mis à genou, les trous dans la porte dessinaient presque ma forme, ils m' avaient entouré, ils m' avaient dessiné sur la porte, incroyable, un ange protecteur avait veillé sur moi. Les impacts sur mon dos, c' était de la terre et des pierres, pas du métal et je me dis que la vie était belle et que j' allais vivre pleinement ma résurrection.

 Depuis ce temps, je crois à l' ange protecteur.    JB