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jeudi 20 février 2020
Jeune adulte 1
Je raconte. La guerre est finie, l' Ecole Normale de nouveau ouverte,fini l' Etat français, on retrouve notre bonne vieille République, la quatrième, née en octobre 1946, défunte en octobre 1958. Année de formation professionnelle, stages dans toutes les sortes de classes à un cours ou à tous cours, sauf une classe manquée à cause des marches qui se précipitent par centaines de la ville haute (Laon) à la ville basse ( où est la gare), on descendait par deux marches à la fois pour aller plus vite je voulus améliorer ma performance par des sauts de trois en trois marches, ce qui me fait évoquer le père de Montaigne qui à 60 ans " ne montait guère en sa chambre sans s'élancer trois ou quatre degrés à la fois", entorse possible, entorse probable, entorse réussie, journée dure à Tergnier, retour pénible sur gros pied et 10 jours de prélassement, seul, bien tranquille en immersion dans la pédagogie théorique.
L' année passe, je suis appelé chez le Directeur qui m' avait déchu de mon titre de responsable - major, au profit d' un camarade jugé plus fiable par le chef (influencé je crois par un compte-rendu accusateur de mes démêlés avec les dirigeants du lycée d' où je venais)- JB, je vous propose une affectation pour la rentrée - oui, M. le Directeur - je vous ai fait nommer à ...long temps d' arrêt pour ménager les effets, je vous ai fait nommer à ...Charly sur Marne, votre village natal. - Merci, Monsieur le Directeur - mais ravissement mitigé, j' ai là-bas des plus ou moins amis qui plus en avance que moi ont déjà participé au repeuplement de la France, des conflits ou jalousies (pour ma supposée grosse paye de fonctionnaire et mon métier présumé si relaxe) sont à prévoir et j' aurais préféré un confortable anonymat. Bon - on fera avec - et encore tous mes remerciements.
J' entasse dans une seconde valise tous les spécimens gratuits dont nous avaient dotés les grandes maisons d' édition scolaire, Hachette, Nathan, Hatier, Vuibert, Sudel, Bordas, Delagrave, Dunod, Magnard, etc...(gros ventre de la valise) qui nous aidaient grandement dans nos débuts. Je range dans un tout petit portefeuille le petit, tout petit pécule qu' on nous a remis pour nous permettre de débuter dans la vie, et en route vers la vie active
Et vers mes parents presque fiers s' ils l' avaient osé, de leur fils qu' ils croient supérieurement intelligent (prestige à l' époque de la noble fonction enseignante). Tu vas loger chez nous, tu dépenseras peu et je voyais déjà se profiler sur mon horizon une belle petite 4CV Renault, la merveille de l' époque, le rêve entrevu réalisable.
J' allai voir le Directeur de l' école, nous nous connaissions et apprécions bien, tout était pour le mieux et je vivais en joie les derniers beaux jours de septembre, confiant en mon radieux avenir, quand, mon père en même temps notre facteur, vint et me tendit une enveloppe à cachet officiel de l' Inspection académique, une confirmation de l' emploi sans doute, on ouvre, et comme pour Perrette et son pot au lait, encore une fois tout dégringole, confort familial, voiturette, tout remis en question...
Jeune adulte 2
On ouvre l'enveloppe, silence profond,
stupéfaction, verdict...Nouvel arrêté de nomination, vous êtes nommé à
la rentrée prochaine (10 jours) à Fère en Tardenois - ouverture d' un
Cours Complémentaire - Voilà, y a qu' à...! Mon père déclare qu' il y a
une "combine" quelque part. Et les promesses du Dirlo ? çà ne m' étonne presque pas, il ne m' aimait pas du tout (déjà
expliqué) mais peut-être pas sa faute.Voir l' Inspecteur primaire dans
ma belle 4CV entrevue à la mode de Pierrette ? non en vieux vélo d' après guerre, et
pas de téléphone fixe ou portable, vélo pas fiable pour pneus hors
service, recours difficile, faut subir. Et si j' allais voir le Directeur du cours complémentaire qui par ailleurs m' avait poussé à intégrer L' E N.
Alors je me précipite chez le Directeur local qui m' encourage à plier l' échine, comme tout bon fonctionnaire doit apprendre à le faire, c' est le B A BA de la fonction, en haut les têtes pensantes, en bas la plèbe des exécutants, encore heureux quand ils ont un peu compris la subliminale pensée des gourous des ministères, leur substantifique moelle .
Mon Directeur me présente cette nomination comme une reconnaissance de mes talents, je n' en demande pas tant. Oui, mais, je vais enseigner quoi ? - Ton horaire sera calqué sur celui des écoles primaires, 30 heures, tu enseigneras les mathématiques, tu es très fort, autant que m' en souvienne - je le suis - (vanitas, vanitatum) et puis la physique, simple , pression atmosphérique, loi de Mariotte ou de Gay Lussac, Lavoisier et son air, etc... - programme intéressant- la chimie, tu sais équilibrer tes réactions ? - oui, je sais- et les Science naturelles, hanneton, grenouilles, moules, germination assimilation chlorophyllienne, pas de secrets pour toi - aucun, passionnant l' élevage des têtards de crapauds - Cependant, Au cas où une seule classe serait ouverte, tu devras tout assumer, alors tu reprendras tes classiques, Racine, Corneille, et même ton ami La Fontaine - celui-là je ne l' aime pas je vous raconterai pourquoi - oui, mon père, plutôt, oui mon bon maître - l' Histoire de France tu la connais - parfaitement - vive Henri IV - et la Géographie tu aimes - J' adore- La grammaire et l' orthographe, tu connais bien- je suis fan, ça va sans dire- Accessoirement tu enseigneras le dessin- je suis artiste-né - un peu de travail manuel créatif et pour les filles tu demanderas à ta femme, sa trousse de couture - et l' Education physique accessoirement, ça te détendras - Certainement, mais... Quoi mais ? ça ne te suffit pas ?- si, mais les langues étrangères, je ne retiens jamais les déclinaisons - tu t' y feras et tu progresseras en même temps que tes élèves, on ne te demande pas le chinois, seulement l' anglais ou l' allemand c' est toi qui choisira à ton choix, yes ou ja. Te voilà rassuré ?. Oh, que oui, je ris, je pleure, je reris, je repleure...
Oui, mais pratiquement ? Simple tu prends un 21/27 maintenant ce serait 21/29,7 qui l' a remplacé à cause de la racine carrée de deux, régissant le rapport de la diagonale et du côté du carré (j' ai déjà expliqué, je ne vais pas recommencer que 21 x racine de 2 = 27,9, côté x racine de 2 = diagonale), tu fais 5 cases en large et 6 en hauteur et tu les remplis à ton gré, en écrivant histoire, orthographe, mathématiques pour le matin, par exemple lecture expliquée, grammaire pour l' après-midi, éducation physique etc...tu continues jusqu' à la fin de la semaine, jusqu' à épuisement et tu enverras ce projet de répartition de ton activité en tenant compte des quotités imposées, à ton Inspecteur primaire afin qu' il l' approuve, ce qu' il ne fera jamais à 100%, mais il ne te fournira pas non plus un emploi du temps type, à toi de le créer pour le personnaliser. Muni de ce glossaire, il pourra te surprendre n' importe quand, et quand il ouvrira la porte de ta classe, pas question d' être en train de faire des maths par exemple quand c' est marqué grammaire (en général, ils sont plutôt littéraires).
A cette époque, l' Inspecteur surgissait à l'improviste, parfois après trois ou plus années d' attente anxieuse à guetter derrière les vitres des mouvements de véhicules, on le voyait surgir, il fallait à chaque seconde être irréprochable, et la note professionnelle augmentait parfois d' un demi-point, ou baissait. L' angoisse distillée à jet continu. Une collègue de ma femme voyant la porte s' ouvrir sur la silhouette redoutée, s' effondra et il fallut la ranimer, vite les sels ! Je reviens à ma conversation avec mon directeur de conscience, je veux dire mon Directeur d' école. Tu ne peux pas enseigner n' importe quoi, c' est évident, si les programmes d' Histoire te disent l' antiquité égyptienne, tu ne vas pas enseigner la Commune de Paris et l' exil de Louise Michel, d' ailleurs, méfie-toi en Histoire de ne pas franchir les bornes d' un conformisme bien-pensant et de ne pas blasphémer sans t' en rendre compte. Merci, mais... je voudrais savoir
Je t' écoute, parle ( sans t' émouvoir) Excusez-moi, si je me permets d' insister, la classe ouvre ses portes, les élèves s'installent en grand silence, je fais quoi ? - Tu te présentes et tu leur fais remplir un papier avec nom, prénom ou prénoms, adresse, etc... tu les écoutes et tu peux tenir deux heures s' ils commencent à raconter leurs vacances, tu peux même les leur faire écrire, pour arriver jusqu' à la sonnette de fin de la matinée - Bonne idée - et après ? - Tu commences à te préparer un créneau de 3 ou 4 heures dans ton existence post-classe, ta seconde vie celle du soir, pour corriger et noter tous ces trente ou quarante essais, à 5 ou 6 minutes par copie, si tu es rapide, tu t' en tireras en 200 minutes soit entre trois ou quatre heures, puis tu recopieras les notes sur un carnet et tu commenceras à rédiger un portrait de chaque élève pour dire aux parents qui ne vont pas tarder à apparaître quelles sont les qualités dominantes de leurs fils ou filles et les prestigieuses carrières auxquelles ils pourront prétendre.Oui, mais encore, passé le premier matin, le premier après-midi et le premier soir à 40 copies ? Je vais te confier ces deux gros dossiers, l' un regroupe les programmes à suivre en toutes matières, l' autre la façon de les enseigner, ça s' appelle les Instructions officielles, ils sont très volumineux ces dossiers car des têtes pensantes travaillent jour et nuit pour les améliorer et augmenter leur efficience, tu recevras très régulièrement des instructions nouvelles, des innovations, on n' enseigne pas n' importe comment et n' importe quoi.
J' emporte les deux dossiers à la maison et je m' applique à les recopier, avec les pleins et déliés délivrés artistement par ma plume sergent-major, gros travail de plusieurs jours, je suis et reste très sérieux. Je reporte à l' école les précieux guides pour l' Enseignement. Mais, me dis- je, si je disposais de quelques manuels, j' aurais moins à creuser ma cervelle et ma mémoire, rien à l' école, les livres, propriété individuelle payée par les élèves, sont partis avec eux, alors j' entreprends une quête chez quelques anciens condisciples que je parviens à retrouver - As-tu encore ton livre d' Histoire? - peut-être - cherche bien - chez un autre, la géographie, puis encore un précieux recueil de textes français etc...Un peu rassuré, je retrouve dans mon grenier un gros panier en osier où je dispose en vrac les livres salvateurs et les dossiers programmes et instructions, soit la liste des enseignements à assurer, le mode d' emploi et le matériel, je fixe le tout sur la porte-bagages du vieux bicycle et je pars pas du tout tranquille vers mon nouvel horizon, une quarantaine de kilomètres.( A suivre )
Alors je me précipite chez le Directeur local qui m' encourage à plier l' échine, comme tout bon fonctionnaire doit apprendre à le faire, c' est le B A BA de la fonction, en haut les têtes pensantes, en bas la plèbe des exécutants, encore heureux quand ils ont un peu compris la subliminale pensée des gourous des ministères, leur substantifique moelle .
Mon Directeur me présente cette nomination comme une reconnaissance de mes talents, je n' en demande pas tant. Oui, mais, je vais enseigner quoi ? - Ton horaire sera calqué sur celui des écoles primaires, 30 heures, tu enseigneras les mathématiques, tu es très fort, autant que m' en souvienne - je le suis - (vanitas, vanitatum) et puis la physique, simple , pression atmosphérique, loi de Mariotte ou de Gay Lussac, Lavoisier et son air, etc... - programme intéressant- la chimie, tu sais équilibrer tes réactions ? - oui, je sais- et les Science naturelles, hanneton, grenouilles, moules, germination assimilation chlorophyllienne, pas de secrets pour toi - aucun, passionnant l' élevage des têtards de crapauds - Cependant, Au cas où une seule classe serait ouverte, tu devras tout assumer, alors tu reprendras tes classiques, Racine, Corneille, et même ton ami La Fontaine - celui-là je ne l' aime pas je vous raconterai pourquoi - oui, mon père, plutôt, oui mon bon maître - l' Histoire de France tu la connais - parfaitement - vive Henri IV - et la Géographie tu aimes - J' adore- La grammaire et l' orthographe, tu connais bien- je suis fan, ça va sans dire- Accessoirement tu enseigneras le dessin- je suis artiste-né - un peu de travail manuel créatif et pour les filles tu demanderas à ta femme, sa trousse de couture - et l' Education physique accessoirement, ça te détendras - Certainement, mais... Quoi mais ? ça ne te suffit pas ?- si, mais les langues étrangères, je ne retiens jamais les déclinaisons - tu t' y feras et tu progresseras en même temps que tes élèves, on ne te demande pas le chinois, seulement l' anglais ou l' allemand c' est toi qui choisira à ton choix, yes ou ja. Te voilà rassuré ?. Oh, que oui, je ris, je pleure, je reris, je repleure...
Oui, mais pratiquement ? Simple tu prends un 21/27 maintenant ce serait 21/29,7 qui l' a remplacé à cause de la racine carrée de deux, régissant le rapport de la diagonale et du côté du carré (j' ai déjà expliqué, je ne vais pas recommencer que 21 x racine de 2 = 27,9, côté x racine de 2 = diagonale), tu fais 5 cases en large et 6 en hauteur et tu les remplis à ton gré, en écrivant histoire, orthographe, mathématiques pour le matin, par exemple lecture expliquée, grammaire pour l' après-midi, éducation physique etc...tu continues jusqu' à la fin de la semaine, jusqu' à épuisement et tu enverras ce projet de répartition de ton activité en tenant compte des quotités imposées, à ton Inspecteur primaire afin qu' il l' approuve, ce qu' il ne fera jamais à 100%, mais il ne te fournira pas non plus un emploi du temps type, à toi de le créer pour le personnaliser. Muni de ce glossaire, il pourra te surprendre n' importe quand, et quand il ouvrira la porte de ta classe, pas question d' être en train de faire des maths par exemple quand c' est marqué grammaire (en général, ils sont plutôt littéraires).
A cette époque, l' Inspecteur surgissait à l'improviste, parfois après trois ou plus années d' attente anxieuse à guetter derrière les vitres des mouvements de véhicules, on le voyait surgir, il fallait à chaque seconde être irréprochable, et la note professionnelle augmentait parfois d' un demi-point, ou baissait. L' angoisse distillée à jet continu. Une collègue de ma femme voyant la porte s' ouvrir sur la silhouette redoutée, s' effondra et il fallut la ranimer, vite les sels ! Je reviens à ma conversation avec mon directeur de conscience, je veux dire mon Directeur d' école. Tu ne peux pas enseigner n' importe quoi, c' est évident, si les programmes d' Histoire te disent l' antiquité égyptienne, tu ne vas pas enseigner la Commune de Paris et l' exil de Louise Michel, d' ailleurs, méfie-toi en Histoire de ne pas franchir les bornes d' un conformisme bien-pensant et de ne pas blasphémer sans t' en rendre compte. Merci, mais... je voudrais savoir
Je t' écoute, parle ( sans t' émouvoir) Excusez-moi, si je me permets d' insister, la classe ouvre ses portes, les élèves s'installent en grand silence, je fais quoi ? - Tu te présentes et tu leur fais remplir un papier avec nom, prénom ou prénoms, adresse, etc... tu les écoutes et tu peux tenir deux heures s' ils commencent à raconter leurs vacances, tu peux même les leur faire écrire, pour arriver jusqu' à la sonnette de fin de la matinée - Bonne idée - et après ? - Tu commences à te préparer un créneau de 3 ou 4 heures dans ton existence post-classe, ta seconde vie celle du soir, pour corriger et noter tous ces trente ou quarante essais, à 5 ou 6 minutes par copie, si tu es rapide, tu t' en tireras en 200 minutes soit entre trois ou quatre heures, puis tu recopieras les notes sur un carnet et tu commenceras à rédiger un portrait de chaque élève pour dire aux parents qui ne vont pas tarder à apparaître quelles sont les qualités dominantes de leurs fils ou filles et les prestigieuses carrières auxquelles ils pourront prétendre.Oui, mais encore, passé le premier matin, le premier après-midi et le premier soir à 40 copies ? Je vais te confier ces deux gros dossiers, l' un regroupe les programmes à suivre en toutes matières, l' autre la façon de les enseigner, ça s' appelle les Instructions officielles, ils sont très volumineux ces dossiers car des têtes pensantes travaillent jour et nuit pour les améliorer et augmenter leur efficience, tu recevras très régulièrement des instructions nouvelles, des innovations, on n' enseigne pas n' importe comment et n' importe quoi.
J' emporte les deux dossiers à la maison et je m' applique à les recopier, avec les pleins et déliés délivrés artistement par ma plume sergent-major, gros travail de plusieurs jours, je suis et reste très sérieux. Je reporte à l' école les précieux guides pour l' Enseignement. Mais, me dis- je, si je disposais de quelques manuels, j' aurais moins à creuser ma cervelle et ma mémoire, rien à l' école, les livres, propriété individuelle payée par les élèves, sont partis avec eux, alors j' entreprends une quête chez quelques anciens condisciples que je parviens à retrouver - As-tu encore ton livre d' Histoire? - peut-être - cherche bien - chez un autre, la géographie, puis encore un précieux recueil de textes français etc...Un peu rassuré, je retrouve dans mon grenier un gros panier en osier où je dispose en vrac les livres salvateurs et les dossiers programmes et instructions, soit la liste des enseignements à assurer, le mode d' emploi et le matériel, je fixe le tout sur la porte-bagages du vieux bicycle et je pars pas du tout tranquille vers mon nouvel horizon, une quarantaine de kilomètres.( A suivre )
mercredi 19 février 2020
Jeune adulte 3
Donc, bravant un violent vent de face, je dirige mes roues et mon panier vers la cité de mon avenir. Je connais, pendant la guerre ma mère m' avait dit " Jacques, va donc à Fère en Tardenois porter un panier de pommes de terre (mais pas un petit pot de beurre, on n' en avait pas) à ta soeur (alors employée des PTT en ce même endroit, même parcours familial)
J' arrive à l' école, un coup de peigne pour être présentable, je suis accueilli par l' épouse du Directeur
qui me dit - Jacques, j' étais à l' école à Pavant avec votre mère (brillante élève reconnue), je suis heureuse de votre nomination - Parfait ça va faciliter les rapports) - On vous a trouvé dejà une chambre avec l' aide de la mairie, pas un appartement, une chambre c ' est déjà pas mal - Merci, mes parents m' envoient par l ' intermédiaire d' un ami artisan ou commerçant un lit pliant et la vieille table ronde de ma grand' mère, ils vont arriver incessamment. Tout ira bien. Je déboucle le panier en osier, j' installe comme je peux les livres quémandés de ci de là, dans un petit meuble que m' a offert l' amie d' enfance de ma mère, le lit est arrivé, la table de ma grand' mère également, beau plateau de chêne sur pied forme guéridon un peu mangé par les vers et peu stable, à manipuler avec précaution, et je me replonge dans la forêt des programmes et instructions officielles que j' ai calligraphiées et commencé à connaître par coeur, Je suis confiant, assuré de ma capacité à affronter ce départ vers la responsabilité adulte et finalement ça ne me déplaît pas trop, oui c' est une promotion dont je suis digne, je vais assumer, on va voir ce qu' on va voir, je vais prendre cette classe à bout de bras, j' étudierai tous les soirs mes déclinaisons allemandes, génitif, accusatif, datif et je ne sais plus quoi, je m' y mets d' ailleurs tout de suite, pour éliminer mon talon d' Achille et être en avance d' au moins quinze jours sur mes élèves. J' en viendrais presque à me prendre au sérieux et je passe une bonne nuit dans mon petit lit-cage repliable,déplié.
J' attendis la réunion de rentrée prévue le lendemain. Se présentent deux plus ou moins amis d' une promotion précédente qui se lèvent et déclarent...
Encore une fois, Perrette et la chute de son pot au lait , ça me poursuivra donc toujours ...
Jeune adulte 4
Je n' ai pas de montre, trop chère à cette époque, sauf cependant celle qui m' avait été remise par un oncle, en cadeau de Communion solennelle, je l' avais demandée à gousset et non à poignet, grande erreur.
Je commencerai par acheter des pneus neufs pour ma bicyclette, première nécessité et pas besoin d' argent pour enseigner en classe de sixième, je suis tout à fait désintéressé, un mois d' attente et à moi le pactole que me remettra le percepteur car à l' époque (1947-48), on était payé au guichet du percepteur, pas encore sur un compte en banque. Et j' achèterai une montre à poignet, première nécessité, après quelques mois d' économies.
Réunion de prérentrée, le Directeur, son épouse, deux maîtres en exercice qui déclarent - nous sommes plus anciens ici que JB - c' est donc à nous que revient la nouvelle fonction de maîtres du Cours complémentaire- Ai-je bien entendu ? - Nous nous répartirons les matières, deux parts, l' un assurera ce qui est plus ou moins scientifique et l' autre le plus ou moins littéraire et nous nous partagerons une classe primaire, mi-temps sixième, mi-temps primaire - je reste coi - Quoi on me retire ma fonction ? Le Directeur , grand Juge, déclare que la proposition est très recevable, qu' il en fera part à l' IP (l' inspecteur), mais qu' on peut considérer cette alternative comme acquise et qu' on fait la rentrée sur cette base.
Timidement, je suis, j' ai toujours été timide
,je demande - Je deviens quoi dans tout ça ? - Tu prends la classe qui reste - un conglomérat de petits gamins qui apprennent à lire et d' autres qui en principe savent lire, une bonne cinquantaine d' élèves. Réunion terminée. Et le Directeur, dont la femme connaissait ma mère il ne m' a pas défendu, et cette fille de ma promotion qui pour des histoires de couple, je crois, était allée pleurnicher dans le giron de l' IP pour me voler ma première nomination - je suis maudit -
Et la rentrée vient, cette classe surchargée, ce mois sans argent. Et il faut le matin, venir tôt pour allumer le poêle, mettre le papier avant le petit bois sec (et pas le contraire comme on vit le faire une jeune remplaçante) et quand le feu ronfle, sortir un quart d' heure avant la rentrée pour surveiller et neutraliser quelques affreux gamins (toujours les mêmes), fin de matinée, encore surveiller, avant, pendant et après le passage à la cantine scolaire, reprendre les cours puis de nouveau surveiller ceux qui restent en étude surveillée jusqu' à 6 heures du soir ensuite rentrer chez soi avec ce gros tas de cahiers à passer l' un après l' autre, les annoter, y tracer des lignes de pente , on écrivait penché à l' époque, pour guider la main maladroite des apprentis écrivains, plus de cinquante fois quelques minutes, ça fait combien de temps ? - pause nécessaire - je ferai ça après le repas du soir (on est affamé à cet âge, aussitôt ma première paye, j' irai m' inscrire quelque part pour ce repas nécessaire), ensuite, je reprendrai mes cahiers, je réfléchirai profondément à ma classe du lendemain, je dois tout prévoir et l'écrire sur un "journal de classe" à présenter aux inspecteurs, ensuite, passage tard en soirée dans la classe pour préparer de beaux tableaux en craie de couleur, pour le lendemain. Vivement jeudi pour ressaisir les affreux cahiers toujours en retard de correction.
Samedi soir, après la classe, j' irai retrouver mes parents, à 40 km de là, je fixerai le panier en osier sur le porte-bagages pour y mettre le gros tas de cahiers, à la correction en souffrance, pourvu qu' il ne pleuve pas, le panier est perméable. Mes parents s' étonneront que j' apporte du travail à la maison, pouvant imaginer que j' ai fainéanté dans la semaine. Pas toujours drôle l' existence !
Et ces gros livres de mathématiques supérieures que j' avais acheté pour continuer mon avancée dans cette science merveilleuse, j' ai commencé à les ouvrir après 23 heures 30 et je les ai clos quand mes yeux se sont clos, j' aimais tant ces extraordinaires inépuisables mathématiques c' est le grand regret de ma vie, c'est fini, tu en prends pour dix ans , sinon tu rembourses les frais de ta scolarité à l' Ecole normale, tu te résignes, tu te résignes, tu te résignes encore ...ainsi va la vie
et prépare-toi à recevoir dans ta grosse classe, où elle aura du mal à tenir, une délégation chargée de t' attribuer, si tu le mérites, un Certificat d' aptitude à faire ce métier et souviens-toi qu' on ne dit pas "Monsieur tout court " mais qu' on dit " Monsieur l' Inspecteur" comme te le fera remarquer l' un des membres de la commission citée plus haut. Là, je regrette, je ne peux pas. J' en pleurerais presque maintenant que tout est fini... tout !... Ce n' était que ça ? Tout est dérisoire...ce qui signifie, ne pas pleurer, rire... J' essaie mais c 'est crispé.
mardi 18 février 2020
Jeune adulte 5
Après tant d' aléas, j' ai enfin une
classe, pas dans mon pays, pas en sixième, j' ai ce qui restait et n'
attirait pas la foule des pédagos, une classe de cours préparatoire,
apprentissage de la lecture, et de cours élémentaire pour affermissement
des acquis. Mais...ce mais, c' est qu' elle compte plus de 50 élèves,
effectif courant à l'
époque.
Facile en théorie : pour l' apprentissage de la lecture premier
trimestre apprentissage mécanique, deuxième trimestre lecture courante,
troisième trimestre lecture expressive , je dis bien lecture expressive
en troisième trimestre, ensuite l' année suivante au cours dit " élémentaire" on consolide
tout cela et on avance à grands pas.
Attention : j' ai écrit " cela " précision : on ne met pas d' accent sur le "a " du "la" de cela car, si on en met un sur le "a" de l' adverbe "là" c' est pour ne pas confondre avec l' article "la", pas de risque de confusion dans "cela" alors on écrit "cela" sans accent . Dites-moi merci de l' info. Longtemps j' ai écrit "ça "avec un accent soit "çà" parce que le "à "est tout près du c avec une cédille sur mon clavier, mais il faut écrire "ça" et non "çà", quelqu' un ou plutôt quelqu' une, que je ne remercierai jamais assez, égarée je ne sais comment sur mon blog , me l' a fait remarquer et j ' ai eu un peu honte de mon illettrisme mais je l' en remercie, sans elle je propageais l ' erreur. Je confirme que de-ci de-là s' écrit bien de-ci de-là. "De-ci de-là, cahin-caha, va trottine, va chemine, va petit âne, va de-ci de-là cahin-caha, le picotin te récompensera. "— (André Messager, Duo de l’âne, extrait de l’opérette Véronique, fin du XIXe siècle).
Dans la foulée, je rappelle que "dû" s' écrit ainsi et non pas "dù" comme il m' est arrivé de l' écrire mais qu' au pluriel l ' accent disparaît et que l' orthographe exacte est "dus" car il est inutile de surcharger l 'écriture ; c'est ainsi que "dû" se distingue de "du", au lieu qu'au pluriel on écrit "dus" sans accent parce qu'il n'y a plus rien à distinguer. Vu ? et si j' écris des bêtises, dites-le moi vite. . Dîtes est la seconde personne du pluriel du passé simple du verbe dire. Et en passant je rappelle que devoir et faire à l' impératif, c' est " dites " et " faites" et qu' on ne doit pas écrire à un élève "Ne faîtes pas de faute d' orthografe"
Et en passant je vous signale au cas où vous ne le connaîtriez pas encore, la richesse étonnante du TILF (Trésor Informatisé de la Langue Française), on y passe des heures, un merveilleux travail gigantesque. De même, je commettais une grave erreur en parlant de "mes blogs" alors qu il s' agissait de mes articles qui sont partie de mon " blog" soit confusion de ma part entre article et dossier les renfermant.
Conclusion : je suis à mille lieues de la perfection, je suis présent ici mais imparfait aussi et ne donnerai de leçon à personne, écrivez comme bon vous semble et moi je devrais peut-être relire mon texte. Excusez - moi c' est parce qu mon métier l' exige mais quand je serai en retraite par vengeance j' écrirai comme bon me semblera.(menteur, tu rêves, tu l' es à la retraite et depuis longtemps, ce qui ne t' empêche pas d' épier les fautes, on ne se change pas).
Qui me dit que c' est assez pour aujourd' hui ? Je le concède volontiers, alors à demain
d' autre part je précise que mon blog fait des difficultés à disposer les textes comme je le voudrais et place parfois des blancs sans me donner mon avis, pas facile à maitriser.
Attention : j' ai écrit " cela " précision : on ne met pas d' accent sur le "a " du "la" de cela car, si on en met un sur le "a" de l' adverbe "là" c' est pour ne pas confondre avec l' article "la", pas de risque de confusion dans "cela" alors on écrit "cela" sans accent . Dites-moi merci de l' info. Longtemps j' ai écrit "ça "avec un accent soit "çà" parce que le "à "est tout près du c avec une cédille sur mon clavier, mais il faut écrire "ça" et non "çà", quelqu' un ou plutôt quelqu' une, que je ne remercierai jamais assez, égarée je ne sais comment sur mon blog , me l' a fait remarquer et j ' ai eu un peu honte de mon illettrisme mais je l' en remercie, sans elle je propageais l ' erreur. Je confirme que de-ci de-là s' écrit bien de-ci de-là. "De-ci de-là, cahin-caha, va trottine, va chemine, va petit âne, va de-ci de-là cahin-caha, le picotin te récompensera. "— (André Messager, Duo de l’âne, extrait de l’opérette Véronique, fin du XIXe siècle).
Dans la foulée, je rappelle que "dû" s' écrit ainsi et non pas "dù" comme il m' est arrivé de l' écrire mais qu' au pluriel l ' accent disparaît et que l' orthographe exacte est "dus" car il est inutile de surcharger l 'écriture ; c'est ainsi que "dû" se distingue de "du", au lieu qu'au pluriel on écrit "dus" sans accent parce qu'il n'y a plus rien à distinguer. Vu ? et si j' écris des bêtises, dites-le moi vite. . Dîtes est la seconde personne du pluriel du passé simple du verbe dire. Et en passant je rappelle que devoir et faire à l' impératif, c' est " dites " et " faites" et qu' on ne doit pas écrire à un élève "Ne faîtes pas de faute d' orthografe"
Et en passant je vous signale au cas où vous ne le connaîtriez pas encore, la richesse étonnante du TILF (Trésor Informatisé de la Langue Française), on y passe des heures, un merveilleux travail gigantesque. De même, je commettais une grave erreur en parlant de "mes blogs" alors qu il s' agissait de mes articles qui sont partie de mon " blog" soit confusion de ma part entre article et dossier les renfermant.
Conclusion : je suis à mille lieues de la perfection, je suis présent ici mais imparfait aussi et ne donnerai de leçon à personne, écrivez comme bon vous semble et moi je devrais peut-être relire mon texte. Excusez - moi c' est parce qu mon métier l' exige mais quand je serai en retraite par vengeance j' écrirai comme bon me semblera.(menteur, tu rêves, tu l' es à la retraite et depuis longtemps, ce qui ne t' empêche pas d' épier les fautes, on ne se change pas).
Qui me dit que c' est assez pour aujourd' hui ? Je le concède volontiers, alors à demain
d' autre part je précise que mon blog fait des difficultés à disposer les textes comme je le voudrais et place parfois des blancs sans me donner mon avis, pas facile à maitriser.
Jeune adulte 6
Premier jour dans ma grande classe. Un groupe apprend à lire , l' autre sait lire ou est supposé savoir lire depuis l' an dernier. 30 plus vingt = 50 élèves et même un peu plus.
Je prends possession de ma chaire, le bureau était placé sur une estrade pour domination de la classe, mais on y était rarement assis, ce travail se fait toujours debout à proximité immédiate des élèves pour individualiser le travail. Rentrée, silence d' observation réciproque, maître- élèves, élèves-maître, qui sera vainqueur - non - j' exagère - mauvaise formulation de mon angoisse. J' ai préparé de somptueux tableaux presque artistiques à grand renfort de craies de couleur. Souvent, Je regrouperai les petits devant mes belles fresques à l' aide d' une longue baguette, non pour les fustiger, mais pour rappeler ceux qui s' éloignent du troupeau de 30 têtes, la baguette c' est mon chien de berger.
Pendant ce temps, les "grands" doivent recopier un texte écrit sur le second tableau, suffisamment long pour qu' ils me laissent 15 ou 20 minutes de tranquillité, et s' ils ont fini trop tôt ets' agitent, je leur dirai de me faire un beau dessin en couleurs, stratégie payante, ils sont occupés, je n' ai rien à corriger et ils croient tous être des artistes ce que par ruse, je leur confirme toujours. Je vais devoir jongler entre les deux groupes, m' occuper de l' un et occuper l' autre (J ai connu plus tard les classes de campagne à tous cours, jonglage total et le travail sur cahier il faut le corriger, le noter chaque soir, plus on en donne pour être tranquille, plus le soir s' étirera sous la chandelle).
On a toujours envié l' instituteur, mais je vous assure que mes journées étaient longues. Les cours, les surveillances, la cantine de midi à surveiller, puis la cour jusqu' à la reprise, de nouveau surveillance de cour jusqu' à l' étude surveillée du soir jusqu à 18 heures. Aucune interruption depuis le matin, ensuite à 18 heures, une nouvelle journée commence pour corrections, annotations, classements, dossiers individuels, préparation de tout le déroulement de la journée suivante, recherche de matériel, réception des parents, activités péri- scolaires. Une journée très, vraiment très continue. Moi aussi, j'y croyais... et ne pensez pas qu'une surveillance de cour de 150 élèves, ce soit une récréation pour le surveillant.
Je me souviens que plus tard, un peu avant Pâques, je faisais un examen d' essai (BEPC) et j' emmenais mes 90 ou 100 ou plus copies à la neige avec moi et tous les soirs, à la rentrée du ski, j' en corrigeais une dizaine, pas plus, après on s' énerve ou on s' endort. Je sais qu' on va me redire - la litanie est récurrente - ne te plains pas, sécurité de l' emploi, vacances surabondantes, certitude de la retraite et si tu n' es pas content, tu n' avais qu' à faire autre chose au lieu de pantoufler dans ta situation de fonctionnaire surprotégé par ton puissant syndicat et tes mutuelles et par la responsabilité de l' Etat, alors que nous dans le "privé" c' est la galère etc...Amis, Amies, je vous en prie, épargnez-moi, j' ai déjà assez mal comme ça, je raconte et je ne polémique pas, je suis né humble, je reste humble, j' ai fait ce que j' ai pu et je me fais tout petit sous mon grand parapluie.
Donc, on attaque. Lecture, vous voyez ça . On voit souvent « çà » écrit pour « ça » (« c’est comme çà » pour « c’est comme ça »), or « çà » ne se rencontre guère que dans la locution « çà et là », ça vous est égal ? dites-moi plutôt merci de vous le rappeler . Je continue, le dessin tout rond, c' est un "O" et celui-là également, un autre encore mais un petit "o", il compte quand même, et attention pas "0" là, on entre dans le zéro des mathématiques . Je vous donne un fragment de mon journal (un titre neutre sinon, on va me dire que je fais de la politique à l' école, on se méfie toujours des instituteurs, presque tous de gauche, c' est affreux !) et vous allez mettre du beau crayon de couleur sur tous ceux que vous trouverez, des petits o ou des grands O. Un bon-point à celui qui produit la plus grande collection. Au travail. Attention , je vous regarde. Ils aiment mettre de la couleur partout, mais aquarelle exclue, seulement les crayons de couleur à la mine hélas toujours cassée, je penserai acquérir un couteau solide. Et puis ensuite on barbouillera les "a" mais c' est plus compliqué que les "o", on trouve des petits "a " et des grands "A" pas pareils et des petits "a" autrement, ceux qu' on écrit, trois dessins différents, vraiment pourquoi faire simple quand on peut compliquer... Qui connaît les grands "E"et les petits "e" et les "i", grands ou petits ça m' est égal, mais fichez-moi la paix pendant que je vais faire ânonner les grands sur une stupide histoire de fée .
Quoi ?-Ah! tu connais les "U" ta mère te les as appris - si les parents commencent à s' en mêler le premier jour, c' est pas gagné.- Ensuite on va compter, deux élèves à chaque table (les élèves étaient assis par tables de deux, dessus en pente légère et trou pour l' encrier, source de tant de maux). Deux enfants à cette table, et derrière idem, je suis sûr qu' on ira vite jusqu' à quatre, éventuellement deux fois deux élèves ça fera quatre et on aura compris le sens de l' addition 2 + 2 et de la multiplication qui en fait, n' est qu' une forme d' addition car 2+2 c' est aussi 2 x 2, compris les petits ? mais toutes les tables étaient pleines, aucune place libre pas possible d' apprendre le 1 ou le 3 sans faire lever les élèves et il est préférable de les laisser assis . Le zéro est possible si j' envoie deux bavards "au coin" - et promis je vous apporterai demain de belles images trouvées dans les boîtes de chocolat Menier pour vous récompenser, images seulement, le chocolat je le garde pour moi. Les bons points, c ' est comme les décorations, ça marche toujours, que ne ferait-on pas pour décrocher une belle médaille, même dans l' enseignement pourtant généralement réfractaire et non dupe, on nous en attribuait de belles, spécifiques de la noble fonction enseignante et je dois dire que certains, "chevaliers" ou même "officiers" de je ne sais plus quoi, vont jusqu' à l' écrire sur leurs cartes de visite. C 'est humain et je ne critique pas. Quant à moi...j' ai toujours eu mauvais esprit. Et puis mes images de chocolat, je vais les garder par devers moi, encore grand enfant et je vais découper des carrés de papier sur lesquels j' écrirai "Bon - point" et je les distribuerai généreusement, ça fera le même effet, Vanitas, vanitatum ! Bon, pas trop mal pour un premier jour, pourvu que ça dure, demain on verra la suite. Ce soir, j' emporte sous mon bras vos beaux cahiers sur lesquels je mettrai des "bien" et même des "Très bien" avec une belle encre rouge, pas de reproches pour ne pas vous traumatiser déjà si jeunes, ça pourrait entraîner des effets indélébiles sur votre développement psychique et les psychologues veillent et nous ont à l' oeil, nous les prétendus éducateurs. Je vais tracer les lignes de pente préconisées pour guider les écritures, 2 carreaux en large et trois en hauteur, comme le préconisent les instructions officielles, tg de l' angle = 1/3 et ça me permettra une initiation à la trigonométrie, pourquoi pas. A la maison, ce soir, pain et saucisson, les préparations de soupe instantanée ne sont pas encore inventées, mais le mois prochain avec ma première paye, je cherche un restaurant pension de famille.
lundi 17 février 2020
Jeune adulte 7
La nuit a été courte, un peu angoissée
peut-être par des rêves d' adulte poursuivi par des meutes d 'enfants
menaçants. Prise en main. Tout le monde au tableau et on ne s' éloigne
pas plus que le bout de ma baguette, le troupeau ondule facilement et
se laisserait bien distraire par des facéties de tous ordres, de même
que les 25 autres qui font semblant de faire un travail sur leur cahier
et en réalité cherchent un créneau pour se dissiper. J' ai l' oeil et
même les deux, un à droite, l' autre à
gauche, strabisme obligé.
On y va, je commence ma méthode, ça c' est la lettre B(é), si je la mets sur mon ardoise et que je la pose à côté de mon "A" ce dessin bizarre qu' on appelle A, allez savoir pourquoi, donc sij ' installe mon B(é) devant mon A, ça fera quoi ?- BéA, M' sieur - mais non pas BéA, cancre, ça fera BA, parce que mon B(é) en réalité c' est un Be qui cherche à aspirer un "A" pour faire Be + A, = BA ( ils pourraient pas l' appeler Be leur lettre et pas Bé, vraiment rien pour aider)
Compris ? B(é) c ' est Be et Pé c' est Pe et Pé avec A ça fait PA et PAPA va venir vous gronder si vous continuez à remuer. M' sieur - oui, Bertrand- Maman m' a appris la lettre R (ère), - avec un A ça fait èrA ou RéA ou ReA. ou RA ? - chipoteurs déjà ! - plus tard, chaque chose en son temps - et toi Julien, ta mère elle t' a appris quoi ? - Rien - tant mieux - toi qui lève le bras, tu demandes à lire, tu es intéressé et tu veux lire ?- non, M' sieur, moi, , c' est la "grosse commission" et ça presse - tu sais y aller tout seul ?- oui, M' sieur - alors, vas-y vite. M' sieur, moi, c' est la petite, je peux y aller ? et moi aussi ? M' sieur, j' ai besoin fort . Voilà qu' il en manque une dizaine, c' est contagieux ( L' émotion peut-être, je me rappelle mon oral du Bac et l' angoisse n' ayant pas de pantalon de rechange ) - Mon demi-cercle d' auditeurs-acteurs devant le tableau, est dégarni fortement - je me suis fait avoir- je serai moins cool la prochaine fois; ça revient petit à petit - on en était à PAPA - oui, M' sieur et avec un i ça fait PIPI dans le POPO, je n' y couperai pas, PAPA, PIPI, POPO bien sûr et bientôt CACA si ça les amuse. Les instructions officielles disent d' utiliser " des Centres d' intérêt", les intéresser avec des centres d' intérêt, rien sans intérêt, je vois que les contingences physiologiques ça appelle l' intérêt. Je craque, je vais appeler pour moi seulement NINI (peau d' chien), une belle NANA et ses NéNés pendant qu' on y est. Où suis-je?
Du calme, mais n' oublions pas les 25 qui ont expédié leur page d' écriture à la vitesse très grand V et commencent à s' agiter - Silence, les grands, laissez travailler les petits ! - M' sieu ? - celui-là je l' ai dans le collimateur depuis un temps - il s' appelle Simon, le clown de service - Oui ? - M' sieur, il a dit un gros mot - c ' est pas vrai , c ' est lui - Calmez - vous et surveillez votre langage - Reprenons , j' ai une ardoise avec B, une autre avec P, une avec R, une avec T ou autre chose , je les pose devant mes A, E, I O, U et on lira BA ou RI ou TU, etc... compris ?
M' sieu ? C' est le Simon du groupe des grands, encore lui - M' sieu, il a dit M...- indignation générale envers celui qui l' a dit ou celui qui le répète - Simon, tu l' as dit aussi, tu es aussi fautif - assieds-toi et finis ton travail. M' sieu, j' ai fini - et bien révise ta table des cinq - M' sieu, je la sais par coeur - les voisins, oui, M' sieu, c' est vrai, même qu' il nous l' a récitée - alors croise les bras et attends que j' arrive et tiens-toi tranquille, sinon je vais me fâcher . Je reprends la chanson avec les petits, c ' est devenu une chorale, B A BA etc... ils croient qu' il faut chanter et ils aiment ça et si je change l' ardoise, ils continuent le même air. Je n' en peux plus et voilà le Simon qui est debout, encore, la main verticale, M' sieu ? - J' ai peur, je m' attends à tout. Il est hilare, sa bouche fendue en arc de cercle concave de 120 degrés rejoint ses oreilles, son regard circulaire fait le tour de l' auditoire, sidéré d' un tel culot .
Je retiens mon souffle (la suite est vraie, ça s' est vraiment passé comme ça) M' sieu - il a dit "capote anglaise" et il rit, il rit, il regarde autour de lui pour mesurer l' impact, la classe est figée mais se reprend très vite et chuchote et bavarde et s' agite, je ne maîtrise plus rien. Mon Dieu laïque, viens à mon secours, que t' ai-je fait pour mériter ça ? Impasse totale. Simon a gagné.
Tout le monde dehors, on avance la récréation - et vite et en silence, et pas un mot et ....
(je répète, ça s' est vraiment passé comme ça)
On y va, je commence ma méthode, ça c' est la lettre B(é), si je la mets sur mon ardoise et que je la pose à côté de mon "A" ce dessin bizarre qu' on appelle A, allez savoir pourquoi, donc sij ' installe mon B(é) devant mon A, ça fera quoi ?- BéA, M' sieur - mais non pas BéA, cancre, ça fera BA, parce que mon B(é) en réalité c' est un Be qui cherche à aspirer un "A" pour faire Be + A, = BA ( ils pourraient pas l' appeler Be leur lettre et pas Bé, vraiment rien pour aider)
Compris ? B(é) c ' est Be et Pé c' est Pe et Pé avec A ça fait PA et PAPA va venir vous gronder si vous continuez à remuer. M' sieur - oui, Bertrand- Maman m' a appris la lettre R (ère), - avec un A ça fait èrA ou RéA ou ReA. ou RA ? - chipoteurs déjà ! - plus tard, chaque chose en son temps - et toi Julien, ta mère elle t' a appris quoi ? - Rien - tant mieux - toi qui lève le bras, tu demandes à lire, tu es intéressé et tu veux lire ?- non, M' sieur, moi, , c' est la "grosse commission" et ça presse - tu sais y aller tout seul ?- oui, M' sieur - alors, vas-y vite. M' sieur, moi, c' est la petite, je peux y aller ? et moi aussi ? M' sieur, j' ai besoin fort . Voilà qu' il en manque une dizaine, c' est contagieux ( L' émotion peut-être, je me rappelle mon oral du Bac et l' angoisse n' ayant pas de pantalon de rechange ) - Mon demi-cercle d' auditeurs-acteurs devant le tableau, est dégarni fortement - je me suis fait avoir- je serai moins cool la prochaine fois; ça revient petit à petit - on en était à PAPA - oui, M' sieur et avec un i ça fait PIPI dans le POPO, je n' y couperai pas, PAPA, PIPI, POPO bien sûr et bientôt CACA si ça les amuse. Les instructions officielles disent d' utiliser " des Centres d' intérêt", les intéresser avec des centres d' intérêt, rien sans intérêt, je vois que les contingences physiologiques ça appelle l' intérêt. Je craque, je vais appeler pour moi seulement NINI (peau d' chien), une belle NANA et ses NéNés pendant qu' on y est. Où suis-je?
Du calme, mais n' oublions pas les 25 qui ont expédié leur page d' écriture à la vitesse très grand V et commencent à s' agiter - Silence, les grands, laissez travailler les petits ! - M' sieu ? - celui-là je l' ai dans le collimateur depuis un temps - il s' appelle Simon, le clown de service - Oui ? - M' sieur, il a dit un gros mot - c ' est pas vrai , c ' est lui - Calmez - vous et surveillez votre langage - Reprenons , j' ai une ardoise avec B, une autre avec P, une avec R, une avec T ou autre chose , je les pose devant mes A, E, I O, U et on lira BA ou RI ou TU, etc... compris ?
M' sieu ? C' est le Simon du groupe des grands, encore lui - M' sieu, il a dit M...- indignation générale envers celui qui l' a dit ou celui qui le répète - Simon, tu l' as dit aussi, tu es aussi fautif - assieds-toi et finis ton travail. M' sieu, j' ai fini - et bien révise ta table des cinq - M' sieu, je la sais par coeur - les voisins, oui, M' sieu, c' est vrai, même qu' il nous l' a récitée - alors croise les bras et attends que j' arrive et tiens-toi tranquille, sinon je vais me fâcher . Je reprends la chanson avec les petits, c ' est devenu une chorale, B A BA etc... ils croient qu' il faut chanter et ils aiment ça et si je change l' ardoise, ils continuent le même air. Je n' en peux plus et voilà le Simon qui est debout, encore, la main verticale, M' sieu ? - J' ai peur, je m' attends à tout. Il est hilare, sa bouche fendue en arc de cercle concave de 120 degrés rejoint ses oreilles, son regard circulaire fait le tour de l' auditoire, sidéré d' un tel culot .
Je retiens mon souffle (la suite est vraie, ça s' est vraiment passé comme ça) M' sieu - il a dit "capote anglaise" et il rit, il rit, il regarde autour de lui pour mesurer l' impact, la classe est figée mais se reprend très vite et chuchote et bavarde et s' agite, je ne maîtrise plus rien. Mon Dieu laïque, viens à mon secours, que t' ai-je fait pour mériter ça ? Impasse totale. Simon a gagné.
Tout le monde dehors, on avance la récréation - et vite et en silence, et pas un mot et ....
(je répète, ça s' est vraiment passé comme ça)
Jeune adulte 8
Les semaines s'écoulent, la lecture
avance, le petit peuple assimile les lettres, les sons, la classe reste
relativement calme malgré les deux ou trois amuseurs publics déjà cités,
leur inspiration s' est tarie, c' est le consensus. Chaque jour je
surveille la fenêtre pour guetter une arrivée soudaine du tribunal
devant lequel je dois comparaître pour le Certificat d' aptitude
pédagogique, et un jour ça y est, ils sont là, personne ne m' a prévenu.
J'ai pris la peine, moi, un jour venu, d' aller à bicyclette chez une
collègue pour lui annoncer la visite dont j'avais eu connaissance pour
le lendemain, de l' aréopage chargé de son jugement, (c' était aussi une
occasion d' aller la voir) mais pour moi rien, alors que l'
Inspecteur est persuadé que le secret transpire toujours. "Vous m'
attendiez" me dit-il avec un air entendu – oui - tous les jours mais
pas forcément
celui-là.
Ils sont trois, deux directeurs d' école de ville, plus M. l' IP., à qui je ne dois pas me contenter de dire Monsieur tout court, mais Monsieur l' Inspecteur, je précise aussi que tout courrier devait se terminer par " l' expression de mon profond respect "ou "mes respectueuses salutations". Il s'installe au bureau et prend des notes, les autres juges vont et viennent dans la classe, pas de place pour s' asseoir, on est trop nombreux, les plus de 50 gamins plus les quatre adultes (dont moi un presque adulte) et je dois orchestrer le tout, réelle gymnastique, discipline, efficacité, coordination des tâches, maniement de la baguette rassembleuse, la matinée est longue et tendue
Délibération des chefs et verdict : admis, capacité à enseigner reconnue avec toutefois pas mal de réserves, par exemple, enfants livrés à eux-même quand le maître est occupé ailleurs, j' en aurais dit autant à leur place, mais ils ne m'ont pas délivré de recette ni exécuté une démonstration. La note n'est pas terrible, à deux chiffres mais deux petits chiffres, elle augmentera de un demi-point à chaque inspection, on a le temps, si ce n' est que l' avancement donc la paye, augmente plus ou moins vite en fonction de cette note, pas d'inspection pas d' augmentation rapide de note, stagnation de la paye, évolution à l' ancienneté et non au "mérite" . j' ai été plus tard quatorze années consécutives sans inspection, bond prodigieux de la note en fin de carrière et grande reconnaissance finale de mes talents mais trop tard pour un avancement accéléré à une année de la retraite. Dans ces métiers, d' aucuns avancent très vite et d' autres sont à la traîne, il y a le mi-choix, le choix, le grand choix, la classe exceptionnelle, la hors-classe ... quant à moi ...
Je suis maintenant adulte puisque j'ai un métier et une feuille de paye
(à regarder à la loupe). J'achète ma première montre- bracelet, à l'
époque, c 'est très cher, du luxe, des mois d' économies. la voiture, la
4CV ou la 2CV, vous n'y pensez pas, inimaginable avant de nombreuses
années . Je songe à un petit "vélomoteur"...comme on les appelait à l' époque.
Difficile à trouver, encore la pénurie de l'
aussitôt-guerre.
Vint l' année suivante, ma première inspection, toujours le guet à la fenêtre, le soulagement tous les soirs le stress tous les matins surtout quand on est allé au bal du dimanche soir
ce qui m' arrivait assez souvent. Tout au long d' une carrière, on tremble chaque jour, on ne peut pas continuellement être parfait, alors cette arrivée surgissant à n'importe quel instant génère une angoisse permanente.
J 'avais comme chaque jour, allumé mon poêle avec papier et petit bois, préparé mon gros tas de cahiers, et voilà l' Inspecteur- Bonjour – inspection - faites comme si je n' étais pas là - ( facile), il s' installe au bureau
et se plonge dans ses notes - Allez-y, commencez la classe - mais pour commencer il faut distribuer les cahiers et...pas de cahiers- où sont les cahiers ?- Panique - oubliés où? - en épave quelque part ? - première fois que ça m' arrive - Je cherche...- Allez-y, commencez - facile à dire - réflexion intense - ils doivent être sous le bureau - Excusez-moi, Monsieur l' Inspecteur (pour une fois, j'emploie la formule préconisée)- pouvez - vous SVP vous lever un instant, mes cahiers sont sous le bureau - Il se lève, se rassoit, rien. Désespoir.
Que vais-je devenir ? Mon avenir s' effondre, je vais être révoqué– Mais qu'attendez-vous ? - l'IP commence à se poser des questions - et moi aussi - je fais deux fois le tour de la classe désespéré, sans plan B - et une voix s' élève de la si convoitée place au dernier rang de la dernière rangée du fond - M' sieu, les cahiers, ils sont par terre derrière le poêle (où je les avais déposés pour libérer mes mains en allumant le feu). Soulagement, le coeur reprend son rythme, les couleurs reviennent et avec un quart d' heure de retard la classe commence enfin. La note ? Pas terrible - un demi-point ou un de plus je ne m'en souviens plus trop, mais pas la gloire... (Histoire authentique .
Ils sont trois, deux directeurs d' école de ville, plus M. l' IP., à qui je ne dois pas me contenter de dire Monsieur tout court, mais Monsieur l' Inspecteur, je précise aussi que tout courrier devait se terminer par " l' expression de mon profond respect "ou "mes respectueuses salutations". Il s'installe au bureau et prend des notes, les autres juges vont et viennent dans la classe, pas de place pour s' asseoir, on est trop nombreux, les plus de 50 gamins plus les quatre adultes (dont moi un presque adulte) et je dois orchestrer le tout, réelle gymnastique, discipline, efficacité, coordination des tâches, maniement de la baguette rassembleuse, la matinée est longue et tendue
Délibération des chefs et verdict : admis, capacité à enseigner reconnue avec toutefois pas mal de réserves, par exemple, enfants livrés à eux-même quand le maître est occupé ailleurs, j' en aurais dit autant à leur place, mais ils ne m'ont pas délivré de recette ni exécuté une démonstration. La note n'est pas terrible, à deux chiffres mais deux petits chiffres, elle augmentera de un demi-point à chaque inspection, on a le temps, si ce n' est que l' avancement donc la paye, augmente plus ou moins vite en fonction de cette note, pas d'inspection pas d' augmentation rapide de note, stagnation de la paye, évolution à l' ancienneté et non au "mérite" . j' ai été plus tard quatorze années consécutives sans inspection, bond prodigieux de la note en fin de carrière et grande reconnaissance finale de mes talents mais trop tard pour un avancement accéléré à une année de la retraite. Dans ces métiers, d' aucuns avancent très vite et d' autres sont à la traîne, il y a le mi-choix, le choix, le grand choix, la classe exceptionnelle, la hors-classe ... quant à moi ...
Vint l' année suivante, ma première inspection, toujours le guet à la fenêtre, le soulagement tous les soirs le stress tous les matins surtout quand on est allé au bal du dimanche soir
ce qui m' arrivait assez souvent. Tout au long d' une carrière, on tremble chaque jour, on ne peut pas continuellement être parfait, alors cette arrivée surgissant à n'importe quel instant génère une angoisse permanente.
J 'avais comme chaque jour, allumé mon poêle avec papier et petit bois, préparé mon gros tas de cahiers, et voilà l' Inspecteur- Bonjour – inspection - faites comme si je n' étais pas là - ( facile), il s' installe au bureau
et se plonge dans ses notes - Allez-y, commencez la classe - mais pour commencer il faut distribuer les cahiers et...pas de cahiers- où sont les cahiers ?- Panique - oubliés où? - en épave quelque part ? - première fois que ça m' arrive - Je cherche...- Allez-y, commencez - facile à dire - réflexion intense - ils doivent être sous le bureau - Excusez-moi, Monsieur l' Inspecteur (pour une fois, j'emploie la formule préconisée)- pouvez - vous SVP vous lever un instant, mes cahiers sont sous le bureau - Il se lève, se rassoit, rien. Désespoir.
Que vais-je devenir ? Mon avenir s' effondre, je vais être révoqué– Mais qu'attendez-vous ? - l'IP commence à se poser des questions - et moi aussi - je fais deux fois le tour de la classe désespéré, sans plan B - et une voix s' élève de la si convoitée place au dernier rang de la dernière rangée du fond - M' sieu, les cahiers, ils sont par terre derrière le poêle (où je les avais déposés pour libérer mes mains en allumant le feu). Soulagement, le coeur reprend son rythme, les couleurs reviennent et avec un quart d' heure de retard la classe commence enfin. La note ? Pas terrible - un demi-point ou un de plus je ne m'en souviens plus trop, mais pas la gloire... (Histoire authentique .
dimanche 16 février 2020
Jeune adulte 9
Je suis resté trois années dans cette
école. Un nouveau directeur est venu, bonne entente, il me confie la
grande classe, celle où l' on prépare l' entrée en sixième qui à cette époque se fait
sur concours et tout va à peu-près bien jusqu' au jour où l' on reçoit
une circulaire de l' Inspecteur d' Académie disant que les jeunes
maîtres doivent demander un poste de campagne.
Je fais une demande pour un village pas très éloigné, classe à tous cours avec secrétariat de la mairie ce qui m' obligera à limiter mon temps de vacances. Je m' initie comme je peux à ce nouveau travail qui finalement me plaît assez, réception des gens, participation à la vie du village, organisation avec les habitants d' une séance théâtrale et deux années se passent, je rejoins souvent mon ancienne affectation où j ai laissé des amis (et des amies) et où je rencontre celle qui deviendra mon épouse et j' ai raconté la suite dans " Beau village".
Je rejoins donc ma nouvelle affectation celle où j' ai raconté dernièrement avoir vécu en bonne harmonie avec une colonies de loirs, auparavant j' avais passé un mois en Slovaquie dans les montagnes "Tatras" à creuser une tranchée pour le passage d' un train, pioches, pelles et mains, (travail 3 semaines, excursions 1 semaine) à l' appel d' un groupement estudiantin, un train entier pour une expérimentation multi-nationalités de méthodes collectivistes auxquelles je renâcle fort et n' ai participé que pour faire plaisir à un ami plus enthousiaste que moi. Premier matin, hissement des couleurs, alors là retour au lit et absence les jours suivants. Ensuite, définition de normes de travail, refus de ma part, ça commence mal. Mauvaise tête la semaine, mais par esprit de contradiction volontaire actif pour le travail du dimanche. Je reviendrai cependant intact physiquement et intellectuellement.
. Je m' étais auto-spécialisé dans le calage des rails sur lesquels roulaient les wagonnets de déblais, difficile, un wagonnet derrière moi devient incontrôlable par son frein, un levier qui est un rondin de bois inefficace, il prend de la vitesse, se rapproche du mien et va me pousser ou me projeter, alors je saute en marche, roule dans la pente et me blesse un peu au genou, le wagonnet prend de la vitesse, arrive en fin de rails, se renverse, des blocs de pierre roulent chutent dans le trou profond où des polonais construisent une structure en bois pour édification d' un pilier, craquements, poutres déchirées et les ouvriers d' en bas qui me regardent interloqués, je suis en haut du trou, je scrute les dégâts, personne n' est blessé par un hasard merveilleux, pendant une seconde je crois au "Bon" dieu. je reprends ma respiration, on reconditionnera la structure en bois, aucun reproche, soumis et résignés les ouvriers (des vrais, pas des clampins comme moi). Je renonce à ma spécialité.
Le premier jour, à Prague, sorti seul, je m' étais perdu, sans argent, vêtu du misérable short qu' on nous avait remis à l' arrivée, sans argent, frigorifié, sans papiers, sans langage intelligible, et la nuit qui vient, affolé, désorienté, où est le collège Mazarik ? Plusieurs heures d' errance, arrivée tardive, repas terminé, j' entre dans une salle où des applaudissements rythmés saluent le discours d' un orateur, moi je n' applaudis pas de cette façon sur commande, pas convaincu d' office, refus, mauvais départ.
Quelques années plus tard, au hasard d' une conversation, j' apprends que le médecin du bourg où j' étais devenu professeur de Collège était dans ce train vers la Tchécoslovaquie, il me demande si je me souviens d' un incident, long arrêt du train pour cause d' une portière restée ouverte, sûr que je m' en souviens, il m' avoue qu' il était la cause (volontaire ou pas, je n' affirme rien...) de cet incident et il en est tout fier. Extraordinaire cette période de vie où on n' est toujours qu' à moitié responsable, cause jeunesse, et qu'on en est parfaitement conscient. Nous sympathisons aussitôt, quelques points communs, c' est sûr.
Voilà j' ai tout raconté de mon itinéraire professionnel et maintenant que je suis vieux tout cela me paraît désuet presque futile...la vie est ainsi faite, tout revient en boucle comme le scénario d un film pas mauvais mais très quelconque où l' on serait acteur et qui aurait pu être différent puis tout s' efface, tout se dilue, tout s' oublie, tout disparaît.
Je fais une demande pour un village pas très éloigné, classe à tous cours avec secrétariat de la mairie ce qui m' obligera à limiter mon temps de vacances. Je m' initie comme je peux à ce nouveau travail qui finalement me plaît assez, réception des gens, participation à la vie du village, organisation avec les habitants d' une séance théâtrale et deux années se passent, je rejoins souvent mon ancienne affectation où j ai laissé des amis (et des amies) et où je rencontre celle qui deviendra mon épouse et j' ai raconté la suite dans " Beau village".
Je rejoins donc ma nouvelle affectation celle où j' ai raconté dernièrement avoir vécu en bonne harmonie avec une colonies de loirs, auparavant j' avais passé un mois en Slovaquie dans les montagnes "Tatras" à creuser une tranchée pour le passage d' un train, pioches, pelles et mains, (travail 3 semaines, excursions 1 semaine) à l' appel d' un groupement estudiantin, un train entier pour une expérimentation multi-nationalités de méthodes collectivistes auxquelles je renâcle fort et n' ai participé que pour faire plaisir à un ami plus enthousiaste que moi. Premier matin, hissement des couleurs, alors là retour au lit et absence les jours suivants. Ensuite, définition de normes de travail, refus de ma part, ça commence mal. Mauvaise tête la semaine, mais par esprit de contradiction volontaire actif pour le travail du dimanche. Je reviendrai cependant intact physiquement et intellectuellement.
. Je m' étais auto-spécialisé dans le calage des rails sur lesquels roulaient les wagonnets de déblais, difficile, un wagonnet derrière moi devient incontrôlable par son frein, un levier qui est un rondin de bois inefficace, il prend de la vitesse, se rapproche du mien et va me pousser ou me projeter, alors je saute en marche, roule dans la pente et me blesse un peu au genou, le wagonnet prend de la vitesse, arrive en fin de rails, se renverse, des blocs de pierre roulent chutent dans le trou profond où des polonais construisent une structure en bois pour édification d' un pilier, craquements, poutres déchirées et les ouvriers d' en bas qui me regardent interloqués, je suis en haut du trou, je scrute les dégâts, personne n' est blessé par un hasard merveilleux, pendant une seconde je crois au "Bon" dieu. je reprends ma respiration, on reconditionnera la structure en bois, aucun reproche, soumis et résignés les ouvriers (des vrais, pas des clampins comme moi). Je renonce à ma spécialité.
Le premier jour, à Prague, sorti seul, je m' étais perdu, sans argent, vêtu du misérable short qu' on nous avait remis à l' arrivée, sans argent, frigorifié, sans papiers, sans langage intelligible, et la nuit qui vient, affolé, désorienté, où est le collège Mazarik ? Plusieurs heures d' errance, arrivée tardive, repas terminé, j' entre dans une salle où des applaudissements rythmés saluent le discours d' un orateur, moi je n' applaudis pas de cette façon sur commande, pas convaincu d' office, refus, mauvais départ.
Quelques années plus tard, au hasard d' une conversation, j' apprends que le médecin du bourg où j' étais devenu professeur de Collège était dans ce train vers la Tchécoslovaquie, il me demande si je me souviens d' un incident, long arrêt du train pour cause d' une portière restée ouverte, sûr que je m' en souviens, il m' avoue qu' il était la cause (volontaire ou pas, je n' affirme rien...) de cet incident et il en est tout fier. Extraordinaire cette période de vie où on n' est toujours qu' à moitié responsable, cause jeunesse, et qu'on en est parfaitement conscient. Nous sympathisons aussitôt, quelques points communs, c' est sûr.
Voilà j' ai tout raconté de mon itinéraire professionnel et maintenant que je suis vieux tout cela me paraît désuet presque futile...la vie est ainsi faite, tout revient en boucle comme le scénario d un film pas mauvais mais très quelconque où l' on serait acteur et qui aurait pu être différent puis tout s' efface, tout se dilue, tout s' oublie, tout disparaît.
Jeune adulte 10
Je me revois quarante années en arrière quand surgit dans
nos écoles un évènement qui changea nos vies d' enseignants, un
cataclysme. J' en avais vaguement entendu parler par un collègue d' une
ville voisine " Tu sais ce que c' est la théorie des ensembles ? - Non,
aucune idée - On en parle beaucoup - Ah bon ! " .
Et on en parla de plus en plus si bien que j' achetai une publication toute neuve qui m' expliqua par le détail de quoi il s' agissait, remettre de l'ordre dans une maison un peu disparate, reconsidérer la structure des nombres, savoir de quoi on parle et faire avec des mathématiques de la mathématique.
Et j' étais à peu près prêt quand le tsunami surgit dans les classes, on organisa des réunions, j' assistai à l' une au chef lieu du département ou en une journée j' eus droit à l' exposé à rapidité vertigineuse des nouvelles maths de la 6ème à la terminale. On se regardait entre collègues ce qui signifiait " tu suis encore ou t' es largué ?"
Une autre fois, convoqué encore, à mon avis pour être mieux formé, non, je compris que c' était moi qui devenait formateur des instituteurs de mon canton. On s' habitue à tout et j' entrai dans la danse.
Finalement ce n' était pas la mer à boire, cependant, en particulier la géométrie prit un tout nouvel aspect. Jusque là, on faisait confiance à Euclide qui avait dit que la droite est le plus court chemin d' un point à un autre, mais demandons au GPS quel est le plus court chemin pour arriver à la destination des vacances, il va faire des histoires avec ou non les autoroutes, en privilégiant le plus court en temps ou en kilomètres, avec ou sans radars., ringard le Euclide, ça avait besoin d' un sérieux coup de torchon.
Je viens de rouvrir mon premier livre de mathématique moderne destiné à la classe de quatrième en 1971 (Editions Bordas) et je lis (page 154): Définitions : Nous appelons droite affine-euclidienne (sans lui demander son autorisation à Euclide) tout ensemble (D) de points (jusque là d' accord, ensuite ça se corse) auxquels est associée une famille F de bijections de (D) dans R (pas dans l' air) dans l' ensemble R des nombres réels ( que vous connaissez certainement très bien, merci de me le confirmer) telle que 1. si f et g sont deux éléments de F, il existe un nombre réel a satisfaisant à : ou bien quel que soit M appartenant à (D) g(M) = f(M) + a ou bien quel que soit M appartenant à (D) g(M) = - f(M) + a 2. inversement si f est un élément particulier de F et a un nombre réel (un vrai ! pas un imaginaire car il existe des nombres imaginaires, allez voir sur Wikipédia) les bijections obtenues par les formules (I) et (II) appartiennent à F. Nous appelons distance de deux points A et B d' une droite euclidienne le nombre positif valeur absolue de f(A) - f(B), f étant une quelconque des bijections de F.
Ainsi définie notre ligne droite reste droite dans toutes les courbures de l' espace-temps, sans se recouper sinon adieu la bijection !
Voilà, j' ai tout dit. (j' ajoute que la consommation d' aspirine à l époque a vite augmenté dans le corps enseignant) les élèves quant à eux, ils veulent bien tout ce qu' on leur dit, pas contrariants. Un ou deux de mes élèves ont semblé avoir compris ce que ça voulait dire, moi aussi je crois mais je n' en suis pas tout à fait sûr. J' ignore ce que tout ça est devenu, je suis un retraité très réel comme l' ensemble R (des nombres "réels" ) et j' ai bien mérité ma retraite.
Et on en parla de plus en plus si bien que j' achetai une publication toute neuve qui m' expliqua par le détail de quoi il s' agissait, remettre de l'ordre dans une maison un peu disparate, reconsidérer la structure des nombres, savoir de quoi on parle et faire avec des mathématiques de la mathématique.
Et j' étais à peu près prêt quand le tsunami surgit dans les classes, on organisa des réunions, j' assistai à l' une au chef lieu du département ou en une journée j' eus droit à l' exposé à rapidité vertigineuse des nouvelles maths de la 6ème à la terminale. On se regardait entre collègues ce qui signifiait " tu suis encore ou t' es largué ?"
Une autre fois, convoqué encore, à mon avis pour être mieux formé, non, je compris que c' était moi qui devenait formateur des instituteurs de mon canton. On s' habitue à tout et j' entrai dans la danse.
Finalement ce n' était pas la mer à boire, cependant, en particulier la géométrie prit un tout nouvel aspect. Jusque là, on faisait confiance à Euclide qui avait dit que la droite est le plus court chemin d' un point à un autre, mais demandons au GPS quel est le plus court chemin pour arriver à la destination des vacances, il va faire des histoires avec ou non les autoroutes, en privilégiant le plus court en temps ou en kilomètres, avec ou sans radars., ringard le Euclide, ça avait besoin d' un sérieux coup de torchon.
Je viens de rouvrir mon premier livre de mathématique moderne destiné à la classe de quatrième en 1971 (Editions Bordas) et je lis (page 154): Définitions : Nous appelons droite affine-euclidienne (sans lui demander son autorisation à Euclide) tout ensemble (D) de points (jusque là d' accord, ensuite ça se corse) auxquels est associée une famille F de bijections de (D) dans R (pas dans l' air) dans l' ensemble R des nombres réels ( que vous connaissez certainement très bien, merci de me le confirmer) telle que 1. si f et g sont deux éléments de F, il existe un nombre réel a satisfaisant à : ou bien quel que soit M appartenant à (D) g(M) = f(M) + a ou bien quel que soit M appartenant à (D) g(M) = - f(M) + a 2. inversement si f est un élément particulier de F et a un nombre réel (un vrai ! pas un imaginaire car il existe des nombres imaginaires, allez voir sur Wikipédia) les bijections obtenues par les formules (I) et (II) appartiennent à F. Nous appelons distance de deux points A et B d' une droite euclidienne le nombre positif valeur absolue de f(A) - f(B), f étant une quelconque des bijections de F.
Ainsi définie notre ligne droite reste droite dans toutes les courbures de l' espace-temps, sans se recouper sinon adieu la bijection !
Voilà, j' ai tout dit. (j' ajoute que la consommation d' aspirine à l époque a vite augmenté dans le corps enseignant) les élèves quant à eux, ils veulent bien tout ce qu' on leur dit, pas contrariants. Un ou deux de mes élèves ont semblé avoir compris ce que ça voulait dire, moi aussi je crois mais je n' en suis pas tout à fait sûr. J' ignore ce que tout ça est devenu, je suis un retraité très réel comme l' ensemble R (des nombres "réels" ) et j' ai bien mérité ma retraite.
samedi 15 février 2020
Jeune adulte 11
J' ai raconté qu' après six années dans un beau village, las de faire plusieurs fois par jour la provision d' eau à la source pas toute proche, nous avions décidé de le quitter , un peu cependant à contre-coeur, le passage dans ce village est riche de bien des souvenirs. Mon épouse obtint un poste à l' école maternelle d' un chef - lieu de canton pourvu d' une belle grande école toute neuve, j' avais opté, afin de me rapprocher d' elle, pour une école à tous cours dans un village à quelques kilomètres de là.
Et voilà que je suis convoqué par l' Inspecteur au chef - lieu d' arrondissement, j' y vais le jeudi suivant. Que me veut-il ? Je suis méfiant et pas décidé cette fois à m' en laisser conter - Monsieur B - oui, monsieur l' Inspecteur - j' ai votre dossier en main, vous êtes un excellent maître - (oublié pour les promotions au choix pourtant)- Je le crois effectivement M. L' I - Vous êtes fort en mathématiques,n' est-ce pas ? Vous êtes un esprit scientifique ? -(Je me rengorge comme un coq) - Et bien voilà, nous avons décidé d' ouvrir un Cours complémentaire à ...(justement le pays à la belle école - Neuilly Saint Front) - tout est embryonnaire, on va utiliser les locaux d un vieil hospice désaffecté, le Directeur de l' école des garçons assurera les matières littéraires et vous les matières scientifiques, avec le même horaire de 30 heures que les classes primaires et quelques surveillances, les entrées, les sorties, l' interclasse de midi. On ouvre deux classes, une sixième, le recrutement est déjà fait et une cinquième ouverte aux élèves des villages voisins pourvus de leur certificat d'études - le démarrage sera difficile, aucun matériel, mais avec de la bonne volonté, ça doit réussir - vous serez deux pour ces deux classes, l'un dans l' une, l' autre dans la seconde en alternance - Bon, merci, je compte sur vous, je sais que je peux compter sur vous, je connais votre conscience professionnelle.
Tout à fait, M. l'I. OK! La rentrée s' approche, je prépare le déménagement pour lequel j' ai droit à une indemnité mais je dois présenter trois devis différents, je les demande à un déménageur qui à lui tout seul me les fournit tous les trois immédiatement. Bravo! un vrai Pro ! mais quelques jours avant le départ j' apprends que institutrice que ma femme remplace refuse de quitter son logement, et mon remplaçant est là à ma porte avec son mobilier. J' entasse mon déménagement dans un couloir , heureusement mes parents habitent à 25 km seulement de la nouvelle école, on se réfugie chez eux et on rejoint en bohêmes la nouvelle affectation en attendant la stabilisation de la situation. Tout s' arrangera vite cependant.
C' est la rentrée, j' ai ressorti l' essentiel, c' est à dire les vieux livres que j' avais récupérés (déjà raconté) dix années auparavant lors d' une première affectation, manquée au dernier moment, en Cours Complémentaire. Je commence la première heure avec la classe de sixième, mon vieux collègue près de la retraite et en même temps Directeur de l' école primaire prend la classe de cinquième et on alternera au fil des heures dans la journée, on ira dans une classe et puis dans l' autre, lui le littéraire et moi le scientifique. Le problème, c' est qu' il existe deux sorteS d' enseignements, celui sans matériel et celui avec matériel et je suis tombé sur la deuxième catégorie. Je vais devoir, en plus de mes chères mathématiques, enseigner la physique et la chimie et les Sciences qu' à l' époque on appelait naturelles.Quelques exemples : états de la matière, pression atmosphérique, pesées, densimètres, alcoomètres, leviers, dilatations, Mariotte, Gay-Lussac, Archimède, acides bases et sels, oxygène, hydrogène etc... etc...problèmes de physique, équilibrage des réactions chimiques, devoirs chaque semaine à rendre par les élèves.
C' est très sérieux. Mais je n' ai pas de garçon de laboratoire, ni de laboratoire, ni d' endroit dédié. Alors je reprends les brocs de mes corvées d' eau ça recommence, je demande à ma femme ses saladiers pour en faire des cristallisoirs, je récupère ça et là des tubes de verres que je chaufferai pour les tordre et les rendre aptes à mes expériences, je ressors le camping gaz que j' utilisais au beau village pour réchauffer le lait, (déjà raconté), razzia dans la cuisine sur tout ce qui me semble utilisable, j' ajoute des fils électriques, du fil de fer, des pinces et des tournevis. Je retrouve une vieille caisse à munitions récupérée en fin de guerre, il en traînait partout et pas toujours vides, munie de deux barres latérales avec dégagement pour faciliter le transport
j' y entasse cet ensemble hétéroclite, kit du parfait physicien-
chimiste -électricien et je désigne deux porteurs qui assureront chaque jour la manutention pour faire suivre la caisse d'une class à l' autre, ils sont tout fiers de leur tâche, deux classes au début, trois classes l' année suivante, puis quatre classes... et je fais de l' oxygène pour activer les combustions, et je fais de l' hydrogène pour faire voler des bulles de savon et je fais ...tout ce que je peux faire avec pas grand' chose. La mairie me permet l' achat d' un minimum de départ de produits chimiques. Et on s' habitue à cet enseignement avec caisse et arrosoir ballotés de classe en classe. Tout émanant d' une constante improvisation.
Mathématiques, je les ai toujours aimées, comme élève d' abord, rien à apprendre, peu d' efforts à fournir sinon remuer un peu ses méninges et facile à enseigner. Seul ennui les corrections des devoirs et l' obstination de certains élèves à dire qu' ils n' y comprennent rien suivis par les parents qui s' en étonnent en disant "Mon gamin, il est pas plus bête que les autres, il faut seulement savoir le prendre ..." Plus tard quand le Cours complémentaire sera devenu un Collège, et moi un professeur de ce collège, ce sera ma matière essentielle d ' enseignement.
Physique, chimie, j' aime...cependant j' envie un peu mon collègue qui initie ses élèves à la littérature, qui fait des dictées et des conjugaisons... et peut arriver le matin avec une petite serviette, la mienne est très grande, je l' ai achetée exprès, on y trouve tout, de la ficelle, des colles, des pinces coupantes, des coquillages, des fossiles, des minéraux, et même un jour des escargots ...Je précise qu' il n' est pas question d' enseigner la physique ou la chimie sans travaux pratiques, ce serait aberrant... Une création de Cours Complémentaire, futur collège, à l' époque, c' était la nomination de un ou deux professeurs, une recherche de local par la mairie et allez-y débrouillez-vous, merci... par la suite on m' affubla du titre de "pilier du collège" - fierté - médailles.
Un exemple du sens du devoir à l' époque. La première année nous avions deux classes communiquant par une porte Mon collègue directeur dut s' absenter loin pour le décès de sa mère, il s' absenta deux ou trois jours, on ne renvoya pas les élèves, je me suis tenu dans l' ouverture de cette porte et j' ai assumé les cours, tout seul, simultanément aux trente-cinq ou quarante élèves de chaque classe, français d' un côté en même temps que mathématiques de l' autre par exemple, etc...et j' assurai la discipline, avec énorme fatigue consécutive cependant. Prof simultané de 6ème et 5ème en toutes matières avec 75 à 80 élèves et avec déjà quelques irrégularités cardiaques. Je me souviens d' un jour où ayant assuré mes cours toute une journée avec une fatigue extrême, le thermomètre consulté le soir indiqua 40°.
Physique - chimie - passe encore, il y a pire ! les sciences naturelles, pas de leçon sans matériel non plus, j' installe un gros bac en verre de récupération reste d' un vieil accumulateur, je commence l' élevage des tétards de grenouilles qui adultes à chaque coup deviendront des crapauds . Pour oxygéner l' eau, j' y ajoute des plantes aquatiques prélevées dans la Marne ou dans des mares. Sur les rebords des fenêtres je pose des boîtes pour y étaler des cotons humides sur lesquels je sème des graines de lentilles ou de tout ce qui me tombe sous la main aux fins d' étudier la germination. J' achète des moules ou des oursins, je mets en attente des couleuvres dans le formol, à l' occasion on retient un coeur chez le boucher pour le disséquer. Le dimanche chez mes parents quand j' ai fini la correction des copies en retard, je fais la chasse aux araignées, aux papillons, à tous les insectes qui me tombent sous la main. Il faut suivre la nature, les fleurs, les fruits, toujours en recherche. Demain je fais quoi ? Obsession... Le souci me poursuit, que faire en première heure et puis en deuxième et puis...et puis...et avec quoi vais-je le faire. Anxiété permanente que je ressens encore, je ne m' en suis jamais totalement remis de cette anxiété.
Le dimanche, j' aide parfois mon père à bêcher son jardin, je l' ai toujours fait, en particulier en début de cette drôle de guerre où le Maréchal ayant décrété la nécessité d' un "retour à la terre" la municipalité avait mis à notre disposition quelques parcelles d' un bien communal qu' il fallut défricher pour y faire pousser quelques légumes sans lesquels on mourait de faim. Je me fatigue fort, j' ai mal aux reins, mais je suis heureux et je voudrais continuer à bêcher, l' esprit au repos. La fatigue est bonne (n' exagérons pas),il en résulte une plénitude physique. La tête fatiguée, c' est un tourniquet de pensées enchevêtrées.
Physique, chimie, sciences naturelles (ça s' appelait comme ça, maintenant ils ont touvé d' autres noms plus savants), ce n' est pas tout, le pire est à venir, c' est à moi que reviennent les "travaux manuels" comme si ça ne suffisait pas et là je commence à regretter mon beau village vers lequel je suis prêt à repartir avec mes brocs. Les instructions officielles restent assez vagues, disent en gros, qu' il ne s' agit pas d' apprendre des techniques, mais de faire appel au sens créatif des enfants en utilisant des matériaux simples qu' on peut se procurer facilement, facilement ils disent, dans l' environnement. On me laisse totale liberté d' improviser encore une fois. Bien sûr, j' ai décrypté, ça veut dire, débrouille-toi. Alors, j' achète un sac de plâtre, je fais faire des moulages de n' importe quoi, des cartes de France en relief, je trouve des moules pour y couler des nains de jardin, je demande à la mairie l' achat de contre-plaqué, je récupère des morceaux de lames de scies à métaux cassées, je fais découper des lettres en bois pour les petites classes, je fais fabriquer des petits coffrets, des brouettes miniatures décoratives, j' achète des placages de bois pour faire de la marquetterie, je fais tordre artistiquement des gros fils de fer,etc...etc...j' improvise, j' improvise encore, mais à la fin de l' heure ils me laissent un local dans un désordre indescriptible, je devrai revenir faire l' homme de ménage.
J' y laisse aussi pas mal d' argent. J' ai les filles également à m' occuper, alors, là c' est simple, ma femme qui a suivi des cours pour un éventuel enseignement ménager ultérieur me donne un gros dossier de réalisations diverses que je leur confie en leur disant montrez -moi que vous êtes capables d' en faire autant et même mieux- Les filles sont très attachées à leur réalisations et sont souvent des élèves agréables, à part certes, quelques-unes. Je me souviens d' une qui, pour je ne sais quelles difficultés personnelles ou mentales, cherchait souvent à fuir et que j' ai dû maintenir par l' avant-bras, un grande fille de 15 ans, pendant la moitié d' un de mes cours pour ne pas avoir à courir derrière elle au dehors de l' école. Je précise que de toute ma vie de prof, je n' ai jamais fait un cours assis, toujours debout de l' un à l' autre.
En fin d'année,exposition des travaux et vente pour récupérer quelque argent et acheter du matériel,une vraie auto-entreprise.J' en reviens à ma femme qui avait un diplôme d' enseignement ménager, quelques années après notre arrivée furent créées des classes dites "d' enseignement ménager " pour occuper utilement les grandes filles proches de l' entrée dans la vie active. Une non-titulaire fut nommée puis le poste mis en compétition, ma femme postula et fut refusée, la même personne plus jeune et moins qualifiée conserva son poste. Sans commentaire.
Finies mes récriminations ? Pas tout à fait. Je suis également le professeur d' Education physique pour garçons et filles,
parfois j'abandonne ma caisse à munitions pour emmener la classe sur un terrain pas loin, et je les fais courir, sauter sans sautoir bien sûr, se baisser, se lever, et un et deux...et je reviens vite pour l' heure suivante retrouver mes saladiers ou casseroles pour un nouvel éveil scientifique chauffé au réchaud de camping.
On doit aussi donner des cours de dessin, mon collègue s' en charge, dommage, ce serait reposant. Par contre on me charge des cours de musique. Je n ai jamais appris la musique, cependant j' ai toujours aimé et sans être un génie musical, j' ai toujours su chanter un petit air rien qu' en voyant le nom des notes. Je connais donc assez bien mon solfège, c ' est facile, autant que les mathématiques. Voici donc au collège un professeur de musique autodidacte 100%.
Mais pourquoi pas, soyons modeste, quand on a le don. Les phonographes à ressort à manivelle commencent à être remplacés par les électrophones, le mien fera l' affaire avec les grands 78 tours, je l' apporte à ce Cours qui commnence à devenir un Collège.
Plus tard, on introduira dans les écoles, les flûtes à bec, en plastique ou de préférence en bois, de prunier par exemple, instrument de peu d' étendue à son très approximatif difficile à contrôler ? il faut savoir doser le souffle pour obtenir un son convenable à peu près juste et ne pas en sortir des crissements horribles. Imaginez trente-cinq à quarante gamins dans un local avec ces horribles sifflets. De quoi les rebuter à jamais de l' apprentissage de la musique. Plaignez le pauvre prof ! Je faisais des achats groupés de ces instruments pour obtenir une remise de 10% à mes élèves qui oubliaient parfois de me rembourser. J' ai déjà, je crois raconté cette histoire d' une élève de cinquième qui m' avait demandé une flûte et à qui je fis plusieurs fois un rappel pour non- paiement. Après un de ces rappels, elle se leva, droite, et déclara : "Mon père m' a dit : tu diras à Coco que sa flûte il peut..." je n' ai pas bien compris ce qui suivait le "il peut", la parole fut accompagnée d' un geste de la main très appuyé vers le haut et la fillette se rassit très digne. Silence dans la classe. Quoi ? Qu' est-ce qu' elle a dit ? Le élèves se tournent vers moi en incompréhension totale. Je suis éberlué, mon esprit travaille à grande vitesse, je me redis le nom de l' élève et je me souviens d' un lointain camarade d' enfance qui portait ce nom, et que mon prénom Jacques était pour les familiers devenu "Coco". J' ai pensé, ça y est, tu es baptisé jusqu' à ta retraite, ils vont tous s' en souvenir. Avec un regard circulaire et une mimique appropriée j' ai fait comprendre aux autres élèves que ça ne voulait rien dire et qu' on laisse tomber et qu' on recommence à souffler tous le plus fort possible dans les flûtes et je n' ai jamais plus rappelé un non-paiement de quoi que ce soit à qui que ce soit.Je craignais un surnom définif dans l' école mais il n' est pas venu.
Enfin, on nous construisit un beau collège dit d' enseignement général, avec des armoires de rangement, du matériel abondant, une salle spécialisée pour l' enseignement des sciences, des caisses partout dont nous assurâmes nous-mêmes l' ouverture le jour de la rentrée, tout à la découverte du riche matériel dont on était doté. De jeunes collègues nantis d' un CAPES tout frais arrivèrent, professeurs dits "certifiés" et nous fûmes vite très nombreux.
Moi, premier acteur de cette création je devins après plus d' une dizaine d' années et des inspections spéciales pour une pérennisation dans mes fonctions, "Professeur d' Enseignement Général de Collège " (PEGC), on devait douter de moi, car ce fut long, on ne pouvait pas cependant douter de mon expérience acquise à la force du poignet , de l' imagination. et de la persévérance. La différence avec les jeunes arrivants était que le PEGC devait, à la demande, assurer deux matières d' enseignement, pour moi ce fut mathématiques, physique, chimie, de la 6ème à la troisième, plus une option telle que dessin ou musique ou travaux manuels, une autre différence fut aussi que nous devions un nombre d' heures de cours plus élevé et que le traitement de fin de mois était inférieur, selon le principe de travailler plus pour gagner moins. Une autre différence était aussi que nous les PEGC étions par notre origine, partie prenante dans la discipline, la surveillance des cours ou des couloirs, alors qu' un véritable professeur ne se sentait pas toujours concerné par les problèmes d environnement à la sortie de sa classe. On nous avait promis un alignement en horaires de cours et en traitement en récompense de nos efforts de pionniers, il ne vint jamais, on n'avait plus besoin de nous, et je restai donc un "sous professeur" avec un "sous paiement" et un "sur service" et une "sur implication" dans la vie de l' établissement.
Deux ans après l' ouverture, on inaugura le beau collège, grande cérémonie ouverte par mon premier collègue, retraité, devenu Maire, avec les inspecteurs, même ma femme devenue Directrice de l' école de filles fut invitée, même les gendarmes, le percepteur, toutes les personnalités du bourg et on but le Champagne, un tas de monde fit ou écouta de beaux discours, tout le monde se congratula pour cette belle réussite. On me l' a raconté car moi la mairie oublia de m' inviter après m' avoir donné à tout - va , sauf ce jour-là, le titre de "pilier du collège " et je l' étais en effet,j' avais beaucoup porté sur mes épaules. Oubli bizarre. Même l' inspecteur m' oublia, et oublia aussi ma note professionnelle,je ne le vis plus.
Après quelques années, des cars nous amenèrent des centaines d' élèves et bien sûr les locaux devinrent trop exigus, on annexa au collège des bâtiments dits "préfabriqués" absolument inchauffables, entre 0 et cinq degrés certains matins d' hiver, stoïques les élèves gardaient les manteaux et soufflaient sur leurs doigts.
A mes débuts, le recrutement des élèves était sélectif, concours ou examen d' entrée en sixième, arrivée d' élèves munis du Certificat d' études primaires , pas de problème de niveau dans les classes très égales, peu de problèmes de discipline, respect du maître, confiance des parents. Ensuite on remplaça cet examen trop difficile et coûteux à organiser par une admission sur examen des cahiers ce qui signifiait la porte grande ouverte et les classes devinrent de niveau inégal avec des élèves à mon avis trop jeunes pour être entassés à 11 ans dans des autocars, il fallait et il faut encore, je l' affirme, une année de plus à l' école primaire pour les laisser mûrir et s' affirmer et ainsi les niveaux seraient différents.
Je précise qu' on ne m' a jamais demandé le moindre avis et que la Pédagogie a toujours été à sens unique, Autorité vers exécutants. Autrefois on faisait redoubler, on considéra le redoublement et la sélection précoces comme des erreurs et on préféra créer des passerelles à différents niveaux ou des enseignements parallèles. On préféra orienter vers des structures diverses plutôt que sélectionner, on vit apparaître des classes " de transition", des passages en fin de cinquième vers des classe dites "préprofessionnelles de niveau" ou classe dites "ménagères". Une orientation en fin de troisième vers l' enseignement classique long ou court et parfois envoi de ceux qui posaient quelques problèmes vers les collèges techniques comme si les techniques demandaient moins d' intelligence. On créa des organismes d' orientation qui pouvaient recevoir chaque élève, on discuta avec les parents, après des tests complets pour aller vers la meilleure voie. Le principe était bon et les efforts de l' Education nationale réels. Chaque élève avait sa chance.
J' ai quitté le bateau depuis longtemps et je sais qu' il tangue souvent, le monde a changé, des problèmes sont apparus qui n' existaient pas à mon époque, ce n' est plus la même école et j' y serais totalement étranger.
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