jeudi 7 novembre 2019

chien, corbeau, grenouilles



    
Mon père, pourtant par ailleurs lucide et aux idées assez avancées sur la politique, la religion, le conformisme et le bourrage de crâne en général, était ferme sur certains points :

On se marie si on veut vivre ensemble et avoir des enfants.

Celle (je dis bien celle et non celui) qui vit en concubinage ou en union libre était vilipendée, on employait un vilain mot " vivre à la colle". La mère célibataire, la fille-mère, la honte, c' était ainsi à l' époque on ne parlait pas de "garçon-père" même si à mon avis il devait bien y en avoir un quelque part(sauf parthénogenèse).



Mon père convola en justes noces et Il fallait un toit à proximité du lieu de travail,ils louèrent un appartement dans une vaste maison, et là vient l' épisode du chien qu 'ils avaient laissé chez les beaux-parents pour ne pas encombrer le déménagement et le lendemain de celui-ci, le chien qui avait réussi à s'échapper était dans la rue et jappait devant la porte. Deux ou trois kilomètres seulement mais il ne savait pas lire le nom des rues et on ne lui avait pas donné l' adresse. Étonnant.





Les loueurs, étaient sans enfants, mais ils avaient des idées bien arrêtées sur l'éducation et en faisaient part à ma mère, ce qui la gênait un peu parfois. C' étaient des gens " bien - pensants. "

Lui était chauffeur de maître " pour un industriel qui exploitait le gypse de la région (sulfate hydraté de calcium qui chauffé donne le plâtre) - ne pas confondre avec carbonate de calcium, cette craie qui est aimée par la vigne, très présente dans le sous-sol de mon village viticole, je connais, ayant réuni une collection impressionnante de minéraux, en particulier le gypse sous toutes ses formes, fibreux, fins cristaux délicatement ciselés et surtout le "Fer de lance", un mille feuilles, vous le clivez, vous en avez deux et encore.

On montrait récemment à la télé en Amérique centrale des cristaux de plus de 10 mètres de long. Pas si transparent cependant que le quartz cristal de roche) mais je suis hors sujet et je reviens.



Je l' ai vu le propriétaire de la belle voiture, bien plus tard, lors d' une illicite pêche à la grenouille dans des prés clôturés, où des mares résultaient de l' effondrement de vieilles galeries d' extraction de pierre à plâtre, il apparut soudain et seigneurial déclara :"Que faites-vous dans MA propriété ?"

On en laissa tomber le seau et les grenouilles rentrèrent chez elles.



L' homme très proche de la nature qui m' avait appris la pêche à la grenouille, pour empêcher que ça saute trop dans ses seaux leur coupait habituellement la tête et j' ai constaté que même sans tête une grenouille continue à sauter...et même le canard maigre gagné à la Fête à Charly... alors quand on pense au bon docteur Guillotin, on frémit.



Je me souviens de pas grand'chose, un puits au fond du jardin, des loirs, c' était impressionnant, qui couraient sur un toit. Finalement, mon père décida qu ' une famille doit posséder sa propre maison et grâce à la loi sociale dite "Loucheur", il en prit pour 20 ans et plus.





Justement une maison petite mais jolie en pierre meulière venait de surgir des ruines d' une vieille ferme par l' art d' un maçon-promoteur qui achetait des vieilles pierres et édifiait puis vendait ses constructions.

Un homme écolo avant l' heure, qui construisait tout, par économie certainement plus que par écologie, en matériaux de récupération. Par exemple le dessus des marches de l'escalier d'accès aux chambres est fait d'une mosaïque d' éclats de marbre où l' on peut lire des restes de l'inscription "Ci-gît", l' origine ne fait aucun doute.

Et le chêne de la charpente porte les stigmates bien nets d'une utilisation antérieure.

Ce maçon, étonnez-vous était surnommé "La Goupille".

On n' en fait plus des comme-ça.



On déménagea, de la même façon que tout le monde à cette époque, on emprunte une charrette à un cultivateur complaisant, ils étaient nombreux, de petits exploitants, qui n' avaient pas encore recueilli la manne du jus sacré de la vigne, un peu de ceps, certes, mais aussi des pâtures avec de petites mares où nous recueillions, nous gamins, des tritons minuscules ou des salamandres.

Un peu de vigne mais aussi des pâtures avec de belles vaches qu' on rentrait le soir à l' étable pour les traire. Une dizaine passait chaque soir devant les portes de la nouvelle maison "loi Loucheur" et on pouvait juger de l' importance du troupeau de l' agriculteur-éleveur du haut de la rue,( maintenant finies les vaches et vive le champagne), en comptant les flac...flac..flac.....qui s' écrasaient sur les pavés en grès de la chaussée.



Quand c' était les chevaux, c'était mieux, on se précipitait avec pelle et balayette pour récupérer le précieux crottin salvateur aux rosiers, quant aux vaches, on n' allait quand même pas faire sécher les bouses pour les utiliser comme combustible ou en faire des revêtements de mur.



On ouvre, on entre, je revois tout, la voiture hippomobile, je revois l' entrée, la façade est belle, on entre, la maison est toute noire dans les pièces, déception, vite partie quand on ouvre une fenêtre sur une belle petite courette et que la lumière fut.

Et il faut chercher pour voir que c'est fait de de matériaux de récupération. Une cave voûtée, un grenier sous les tuiles, pas de garage mais on ne pensait pas pouvoir un jour posséder une auto, pas faite pour nous, seulement pour les riches, il en existait peut-être dix exemplaires pour deux mille habitants, je parle des autos, les riches il y en avait plus que ça, et on n' avait à ranger que la poussette à bébés devenue inutile, deux enfants c' est bien et suffisant, et une brouette.



On installa un poulailler, un clapier, on était réveillé par les chants des coqs qui compétitionnaient . On entendait les cot...cot...cot...co-dec et les oeufs étaient là. Pour nourrir les poules et le coq, on faisait des réserves de grains en allant glaner les épis oubliés après les moissons, les lapins c' était plus difficile, on devait aller à l' herbe avec une faucille le long des chemins et ces bêtes sont insatiables et bêtes, aucun effort pour se restreindre aucune compréhension de la situation.



Un problème, le chauffage, l 'élément unique était la cuisinière qui fonctionnait au bois ou au charbon, belle houille luisante, anthracite charbon presque pur mais trop cher, et on opte pour un agglomérat de débris ou poussière de charbon réunis en boulets ou briquettes, ou le bois, mais...



Au retour de l' école, j' appréhendais le "Jacques, tu me scies un peu de bois ". Dur avec la scie qu 'il faut souvent affûter, ce va-et-vient qui fait mal au bras, sci...i, sci...i,sc i...j' essaie l' onomatopée, et les grosses pièces qu' il faut fendre avec hache ou cognée. Chaque pièce de la maison était équipée d' une cheminée mais le tirage n' a jamais été optimisé et chaque essai se soldait par des nuages de fumée dans les pièces du bas. On se contenta de la bonne vieille cuisinière. On essaya à l'étage un poêle unique avec ramification de tuyaux dans les chambres, on faillit brûler la maison, on se contenta donc de bouillotes dans les lits et de gros édredons en plumes, on tremble dix minutes ensuite on se réchauffe.



On avait l' eau courante froide ...et pas chaude, pour la toilette du matin, seule source d' eau plus ou moins chaude la réserve bain-marie de la cuisinière, quelques litres. Mais bien évidemment pas de baignoire ou douche, luxe pour les riches à cette époque et le lavabo était trop haut pour ma petite taille. Parfois immersion décapage dans un baquet le dimanche matin. Par contre on disposait de toilettes extérieures (à la turque) nécessaires du fait qu' on ne disposait pas d' étable à vaches pour en faire office.





Le matin, -(la virgule me rappelle un vieux prof d' Histoire qui faisait son cours assis au bureau, en dictait une partie avec la ponctuation et quand l 'heure sonnait sur une virgule, on attendait le cours suivant pour finir la phrase jusqu' au point final), -donc le matin on tirait sur les minutes pour les allonger, saut du lit, passage rapide, très rapide, au lavabo, petit-déjeuner presto, béret sur tête (sans son pompon arraché par les imbéciles, espérance de vie d 'un pompon, même pas quelques heures.



Le dimanche par contre, toilette plus élaborée, parfois même dans un baquet à lessive, les beaux habits du dimanche, les souliers cirés et départ pour la messe jamais manquée les jours de distribution de pain bénit, meilleur évidemment que l' ordinaire et dont on pouvait espérer un deuxième morceau par accointance possible avec l' enfant de choeur distributeur.



Mon père était d' accord pour que j' aille à la messe mais de la à m' encourager à être enfant de chœur ... « Si tu veux y aller, tu y vas », très laconique…

Je l' ai été cependant, enfant de choeur, quand j 'avais 21 ans, au mariage religieux d' un ami de promotion quand on s' aperçut avec inquiétude que l' enfant de choeur prévu n' était pas là.



Le prêtre jeta un oeil circulaire sur l' assistance et, je m' en doutais, à cause de ma bonne mine, je me faisais tout petit, ça n' a pas manqué, son regard s ' arrêta sur moi. Mais...réticences.. « .je ne suis pas trop adepte ou pratiquant de vos rites, je vous le dis honnêtement ... » «  ça ne fait rien, moi-même, il fut un temps...et je suis sûr que vous aussi, un jour, vous aurez la révélation... »( ?, j 'attends encore...mais j' ai à peine dépassé les 80 ans, l' avenir m' appartient).



Alors, je fis l' enfant de choeur, pas difficile, pas la mer à boire ni même le vin de messe. Ce ne fut pas trop difficile, il me tendit parfois des instruments pour que je puisse à mon tour les lui tendre, il ne m' invita cependant pas à partager le vin. Pas grave, le matin, le vin blanc...et je me demandais si, quand je me marierais une pareille mésaventure arriverait, peut-être pas, mais je prévoyais cependant qu'il faudrait passer devant le représentant du Bon Dieu, ça n' a pas manqué, je m' en doutais, j' ai un don de prémonition incroyable.



Le dimanche on avait la possiblité d' assister aux Vêpres, j' y suis allé rarement car pas de pain bénit mais ça me fait une introduction pour la suite du récit.



Pause dans le récit : J' aime les Vêpres siciliennes de Verdi, à l' époque je connaissais déjà quelques oeuvres musicales, j' adorais à l' âge de 10 ans, le menuet de Boccherini par exemple, la valse triste de Sibélius et l'invitation à la valse de Weber-Berlioz pour les avoir entendues à la radio dans les rares pauses laissées par Tino on Rina et j' eus le bonheur de gagner dans une tombola à l 'école, un harmonica, tellement un ravissement que le soir j' avais les lèvres tuméfiées mais que je soufflais déjà les dernières rengaines à la mode.




Beaucoup plus jeune j' avais reçu un petit accordéon et fasciné par les sons qui en sortaient, je l'ai ouvert avec mon couteau pour voir comment ça fonctionnait, pour voir ce qu 'il y avait dedans, désastre total, les larmes, essais de recollage à la colle blanche, plein les mains, échec total de la restauration.



Tout ça pour vous dire comme j' aimais la musique, celle qu' on fait plus que celle qu'on achète. Le dimanche après-midi, plutôt que les vêpres, c 'était souvent, après rangement des beaux habits le bêchage du jardin et le transport des lourds arrosoirs d' eau. Dur.



Et le corbeau, dans tout çà . J' y arrive, lentement mais sûrement.




On faisait la lessive dans une lessiveuse (évident), système ingénieux par lequel la lessive remontait par un tuyau et redescendait en pluie sur le linge. On entendait quand çà bouillait et que le cycle se faisait. On ajoutait souvent des feuilles de lierre (qui contiennent des saponines détergentes et moussantes).

Le rinçage se faisait par un bac prévu à cet usage dans la cour avec eau courante. Le lourd problème était le poids de la lessiveuse à installer et descendre de la cuisinière.

On n' avait pas encore l' électricité mais on disposait d' une production locale de gaz d' éclairage. (Années 30).

On s' éclairait en bas par un manchon de gaz, lumière assez pâle et bruyante, en haut par des lampes à pétrole.

Notre mère nous trouva, un jour, en revenant de course, ma sœur et moi commençant un sommeil vers l 'au-delà, une casserole avait débordé et éteint la flamme, elle nous réveilla, on reprit vite nos esprits.



L électricité vint assez vite dans les années suivantes. Vous voyez, vous qui imaginez le si bon vieux temps, comme on était heureux en ce temps-là. Dites-le très vite.


Un jour, mon père revint à la maison avec un jeune corbeau peut-être tombé du nid, peut-être...toujours est-il qu' on le nourrit et qu' il devint un beau corbeau vigoureux. On lui avait installé une résidence mitoyenne avec le poulailler où on développa une belle couvée de mignons petite poussins jaunes dont un jour on constata en les recomptant qu' il en manquait plusieurs.
Enquête, soupçons vers le corbeau dont on comprit vite la tactique. Il appelait les poussins près des mailles du grillage et en faisait son régal. Indignation. On ne punit pas le corbeau, on ne va pas contre la nature, mais on décida de s' en séparer, on le mit dans un sac, on descendit à la Marne, pas pour le noyer mais pour le déposer délicatement dans les herbes ou roseaux et on revint.
A quelques dizaines de mères de la maison,on se retourne et ...le corbeau vrai membre de la famille était là, il marchait, il nous avait suivi. On rentra avec lui et quelques jours après mon père prit son vélo, cette fois, et l' emmena loin pour le rendre à une vie plus normale, on était certain, il avait fait ses preuves, qu' il saurait s' en sortir.
Cette fois, il ne nous retrouva pas. J' espérais pourtant.

La dame dont on avait été locataire s' intéressait à nous. Elle vint à passer à la maison porteuse de deux paquets, elle s' informa de nos santés, de nos progrès à l 'école etc... J ' avais hâte pour les cadeaux, d' abord celui destiné à ma sœur, une forme arrondie, j' avais deviné " une raquette de tennis ! " Pas de oui de confirmation, pas de sourire complice, bizarre, pourtant j' étais sûr.
On déballe : c' était un crucifix pour ma sœur qui avait atteint l' âge de la communion solennelle. Un froid dans l' assistance, merci quand même.
Deuxième cadeau, le mien, je reste muet, je ne devine rien et même, je me méfie. On ouvre, je sais que vous ne me croirez pas, c' était un martinet destiné à l 'éducation d' un petit garçon forcément mauvais par nature.
Plus que du froid, ça a jeté, du gel.                          JB


vendredi 10 mai 2019

Ecoles

J' ai déjà raconté les difficultés rencontrées par mon épouse dans ses débuts d' enseignante  en Lozère en remplaçante dans des écoles très rudimentaires qu on disait "Déshéritées". J' ai ai retrouvé un article de l' époque, c' était pendant et aussitôt la guerre.

mercredi 18 avril 2018

Blouses et tabliers

    


    Autrefois les maîtres portaient la blouse, habit de travail en protection contre la craie et l' encre, uniforme de l' enseignant, à mon époque elle était grise. En fin de carrière, j' ai vu apparaître chez les professeurs plus jeunes la blouse blanche et l' étape suivante a été, je crois, finie la blouse, vive le blouson, le cou à l' air et les baskets. 


    On portait sous la blouse costume deux pièces, chemise et cravate, les chemises étaient aussi mal faites que maintenant, elles étranglaient les cous, elles remontaient sous le menton. Autrefois, soumis, on supportait, maintenant on va col ouvert et on a bien raison. Mon père possédait aussi des faux cols en celluloïd, le pire inimaginable supplice, étouffement proche. Je ne suis pas sûr que les femmes avec leurs corset à baleines respiraient beaucoup mieux. Je suis certain que maintenant un fabricant qui lancerait la fabrication de chemises hommes avec col bas et vaste fermant très loin du menton ferait fortune chez nos édiles soumis aux protocoles vestimentaires, la mortalité masculine par apoplexie diminuerait  (l' idée est lancée,)  "la chemise qui  n' étouffe pas" (appellation déposée).   

    La blouse protégeait les vêtements de cette craie insidieuse qui pénétrait aussi dans les bronches. J' apprenais aux élèves à effacer les tableaux  par un mouvement vertical poussant la craie vers le bas, puis j' ai décidé de les effacer moi-même et en fin de carrière j' utilisais une méthode personnelle autre que le tableau noir ou vert et tout aussi aussi efficace. 

    Les écoliers dans mon enfance portaient un tablier noir bien enveloppant, fermé à l' arrière par une ganse, noir pour lutter contre  l' ennemi, cette horrible encre, faite, selon internet, à partir de la gentiane, terrible, sournoise, agressive, incontrôlable, indélébile sur les doigts. Certains écoliers avaient l' art de la répandre sur leur page blanche, on les voyait frotter désespérément avec leur gomme à deux parties l' une molle pour le crayon, l' autre dure pour l' encre, qui disparaissait au profit d' un trou dans le papier.

    Cette encre associée au porte - plume lanceur permettait des compétitions acharnées. On pousse le porte-plume lanceur bien rempli, en bas avec le pouce de la main droite, on retient plus haut avec la main gauche on lâche vers une cible désignée à surtout ne pas manquer, sinon gros dommages collatéraux. On  s' amusait aussi à maculer une feuille  qu' on repliait ensuite pour interpréter l' apparition de dessins symétriques, du genre papillon. Des nostalgiques de l' école, qu' on appelle psychologues, s' amusent encore à ce jeu avec lequel ils décèlent votre personnalité et ses frustrations en faisant dire n' importe quoi à la réponse et à votre façon de répondre. Ils appellent çà "test de Rorschah". D' autres s' en servent en décoration pour remplacer un manque de talent créatif.

                                                                                                                               Je pense tout à coup à un autre jeu avec les manuels scolaires. On dessinait un petit bonhomme stylisé avec des ronds et des traits en haut à droite de la page, un autre à la page suivante, à peu près au même endroit, très peu différent par exemple les jambes un peu resserrées et les bras plus élevés, on pouvait y adjoindre une corde à sauter, et ainsi de suite comme çà jusqu' à la dernière page du livre de lecture, ensuite en prenant délicatement le haut du livre entre le pouce et l' index on faisait défiler les hauts de pages à grande vitesse et par la persistance rétinienne le bonhomme s' agitait, sautait, courait, encornant un peu les pages qu' on essayait d' aplanir difficilement ensuite. Regard courroucé du maître sur cette réinvention du cinéma et ses conséquences désastreuses sur les manuels scolaires                      

    Je vous livre aussi le jeu de la plume "fléchette" très dangereux, aussi je le décris seulement parce que les plumes d' écolier n' existent plus ailleurs que dans mon grenier. Vous écrasez avec un marteau la partie coulissante de la plume jusqu' à apparition d' une échancrure dans laquelle vous introduisez  un semblant de pennes de flèches obtenu en pliant un carré de papier selon médianes et diagonales, le résultat est une fléchette qui se pique encore mieux sur le tableau en bois, au moindre relâchement de l' attention du maître, rare car un maître expérimenté donc avisé ne tourne jamais le dos, toujours faire face à   l' ennemi. Attention, tous les jeux de fléchettes sont dangereux et mes fléchettes avaient une trajectoire très aléatoire.


    Et le jeu de la loupe dans la cour de récré les jours de soleil, vous vous approchez sournoisement de la victime et vous concentrez sur sa main les rayons du soleil jusqu' à obtention du cri de brûlure. Vous pouvez aussi essayer d' enflammer un morceau de papier  ( et de faire brûler l' école bon débarras,  non, jamais, sacrée    l' école), le mieux est le lacet de votre chaussure, il se met à rougir d' incandescence  à émaner une bonne odeur de roussi, et à fumer jusqu' à sa dernière fibre, ensuite  votre mère demande comment vous avez fait pour perdre un lacet - Je ne sais pas maman, pourtant je l' av ais ce matin en partant pour    l' école.

     Au mois de mai, tous les trois ans, tous ces jeux intelligents étaient abandonnés dès que quelqu' un avait crié " les hannetons sont là"  on les collectionnait, on les faisait voler au bout d'un fil, ce qui était plus intéressant que de subir la leçon rituelle sur ses métamorphoses, immanquablement suivie de celles du papillon puis celles de la grenouille et du crapaud. On les connaissait les vers blancs qui dévoraient tout dans les jardins. Quand on retournait la terre avec nos bêches non motorisées, il fallait sans cesse se pencher pour extirper les vers blancs qui sinon se transformaient miraculeusement en une espèce de momie, laquelle après un long sommeil s' ouvrait en hanneton volant, bruissant. On avait bien raison ensuite de se venger sur eux. Et pour les métamorphoses de la grenouille, on élevait souvent des têtards dans un bocal en classe, à côté de l' assiette où on faisait germer dans du coton humide, des lentilles vertes, pour obtenir parfois d' adorables petits crapaud et une petit feuille au haut d' une longue tige.

    Je reviens à l' encre, on luttait contre, avec les buvards qui souvent étaient publicitaires, de toutes sortes, on aurait pu faire des collections, j' ai encore dans mon grenier un gros paquet de buvards des vins du " Postillon " qui avait envoyé à l' école un énorme colis avec de beaux petits chapeaux en carton, que j' ai distribués au hasard d' une tombola crée à cet effet, plutôt que de les donner aux premiers j' avais pitié des cancres.       

    On n' a pas la nostalgie des taches d' encre  mais celle des beaux petits encriers blancs en porcelaine qui s' encastraient dans les trous des tables à deux places à panneau incliné fixe ou relevable, celle aussi des beaux plumiers en bois parfois à coulisse et pivotant. A chercher tout ça dans les brocantes. En fin d' année, on faisait disparaître     l' encre sur les tables à l' aide d' éclats de verre qui tiraient de fins copeaux, pour une rentrée impeccable toute neuve. On ne pouvait cependant pas reboucher les entailles faites par les couteaux de quelques-uns, réprouvés par la majorité. Beaucoup d' enfants, dont je faisais partie, mais on n' avouera jamais même sous la torture, étaient bien contents de retrouver à la rentrée non seulement les copains mais aussi le monde de l' école et sa finalité.   
   
    J' arrête, je jette l'ancre. Vint le Baron Bich et ses millions     d' enfants "bic" envahirent la planète, une nouvelle ère commençait.

samedi 14 avril 2018

Mathématiques

 
Je me revois quarante années en arrière quand surgit dans nos écoles un évènement qui changea nos vies d' enseignants, un cataclysme.


J' en avais vaguement entendu parler par un collègue d' une ville voisine " Tu sais ce que  c' est la théorie des ensembles ? - Non, aucune idée - On en parle beaucoup - Ah bon ! " . Et on en parla de plus en plus si bien que j' achetai une publication toute neuve qui m' expliqua par le détail de quoi il s' agissait, remettre de l'ordre dans une maison un peu disparate, reconsidérer la structure des nombres, savoir de quoi on parle et faire avec des mathématiques de la mathématique.


 Et j' étais à peu près prêt quand le tsunami surgit dans les classes.Je fus convoqué  au chef lieu du département ou en une journée j' eus droit à l' exposé à rapidité vertigineuse des nouvelles  maths de la 6ème à la terminale. On peut appeler ça une formation très accélérée. On se regardait entre collègues ce qui signifiait " tu suis encore ou t' es largué ?" 

Une autre fois, convoqué encore, à mon avis pour un complément de formation au cas où je n' aurais pas tout saisi, non, je compris  qu' on me demandait d' être à mon tour formateur vers les instituteurs de mon canton.

 On s' habitue à tout et j' entrai dans la danse. Finalement ce         n' était pas la mer à boire, cependant, en particulier la géométrie prit un tout nouvel aspect. Jusque là, on faisait confiance à Euclide qui avait dit que la droite est le plus court chemin d' un point à un autre, mais demandons au GPS quel est le plus court chemin pour arriver à la destination des vacances, il va faire des histoires avec ou non les autoroutes, en privilégiant le plus court en temps ou en kilomètres, avec ou sans radars, ringard le Euclide, ça avait besoin d' un sérieux coup de torchon. 

Je viens de rouvrir mon premier livre de mathématiques modernes ou de mathématique moderne au singulier destiné aux élèves de la classe de quatrième en 1971 (Editions Bordas) et je lis (page 154): Définitions :  Nous appelons droite affine-euclidienne (sans lui demander son autorisation à Euclide)  tout ensemble (D) de points (jusque là         d' accord, ensuite ça se corse) auxquels est associée une famille F de bijections de (D) dans R (pas dans l' air) dans l' ensemble R des nombres réels( que vous connaissez certainement très bien, merci de me le confirmer)  telle que                                                    1. si f  et g sont deux éléments de F, il existe un nombre réel a satisfaisant à :  quel que soit M appartenant à (D)   g(M) = f(M) + a ou bien quel que soit M appartenant à (D) g(M) = - f(M)+ a           2. inversement si f est un élément particulier de F et  a un nombre réel  (un vrai ! pas un imaginaire car il existe des nombres imaginaires, allez voir sur Wikipédia) les bijections obtenues par les formules (I) et (II) appartiennent à F.  Nous appelons distance de deux points A et B d' une droite euclidienne le nombre positif valeur absolue de f(A) - f(B), f étant une quelconque des bijections de F. 

Et voilà - pauvre Euclide et sa définition simpliste.


 Ainsi définie vous pouvez être certain que notre ligne droite reste droite dans toutes les courbures de l' espace-temps, sans se recouper sinon adieu  la bijection !  je n' en suis quand même pas sûr lors de soirs de fête trop bien arrosés


Voilà, j' ai tout dit. j' ajoute que la consommation d' aspirine à      l' époque a  vite augmenté dans le corps enseignant) les élèves quant à eux, ils veulent bien tout ce qu' on leur dit, pas contrariants. Un ou deux de mes élèves semblaient avoir compris
ce que ça voulait dire, les autres je ne sais pas ils s' étaient endormis avant la fin de la démonstration, moi aussi j' avais un peu compris, bien obligé puisque je l'enseignais mais je n' en suis pas tout à fait sûr. J' ignore ce que tout ça est devenu, je suis un retraité très réel comme l' ensemble R (des nombres "réels" ) et j' ai bien mérité ma retraite.

vendredi 16 février 2018

Destin et ange gardien 3

Laon - 1945 - J' étais élève de l' Ecole normale d' instituteurs de Laon. On nous proposa une visite de la cathédrale avec accès à    l'intérieur des tours aux endroits habituellement hors visite. Nous étions un petit groupe, une quinzaine peut-être avec un guide qui nous emmena dans le haut des tours. Bonne visite, intéressante car dans des endroits habituellement fermés aux visiteurs et voilà que me vint une idée géniale : confectionner vite fait un petit avion en papier et suivre sa trajectoire dsur la ville depuis une altitude 70 mètres.Je suis resté à l' arrière du groupe et je me suis avancé dans une ouverture - créneau sous corniche - et très près du vide  j' ai lancé mon avion mais je n' avais pas prévu que à cause de    l' épaisse mousse verte qui tapissait le sol mes deux pieds allaient glisser et m' entraîner vers l' extérieur à la suite de l' avion. Je me suis senti partir et par un geste réflexe j' ai lancé mes deux bras vers l' arrière où ils se sont refermés sur je ne sais quoi, une gargouille peut-être et j' ai pu ramener lentement avec précaution mes deux pieds en arrière. Une peur affreuse,une énorme sueur froide en imaginant ce qu' aurait été un plongeon de 70 mètres, les réflexions qui seraient venues pendant la descente et  l' affreux contact avec le sol. J' en frémis encore. Je rejoignis le groupe et je n' ai surtout rien dit à personne. Je sais maintenant ce qui a retenu mes bras, c' était mon ange gardien.

jeudi 8 février 2018

dimanche 18 novembre 2018

Maître d' école

J' ai été maître d' école - nostalgie -