mardi 18 février 2020
Jeune adulte 6
Premier jour dans ma grande classe. Un groupe apprend à lire , l' autre sait lire ou est supposé savoir lire depuis l' an dernier. 30 plus vingt = 50 élèves et même un peu plus.
Je prends possession de ma chaire, le bureau était placé sur une estrade pour domination de la classe, mais on y était rarement assis, ce travail se fait toujours debout à proximité immédiate des élèves pour individualiser le travail. Rentrée, silence d' observation réciproque, maître- élèves, élèves-maître, qui sera vainqueur - non - j' exagère - mauvaise formulation de mon angoisse. J' ai préparé de somptueux tableaux presque artistiques à grand renfort de craies de couleur. Souvent, Je regrouperai les petits devant mes belles fresques à l' aide d' une longue baguette, non pour les fustiger, mais pour rappeler ceux qui s' éloignent du troupeau de 30 têtes, la baguette c' est mon chien de berger.
Pendant ce temps, les "grands" doivent recopier un texte écrit sur le second tableau, suffisamment long pour qu' ils me laissent 15 ou 20 minutes de tranquillité, et s' ils ont fini trop tôt ets' agitent, je leur dirai de me faire un beau dessin en couleurs, stratégie payante, ils sont occupés, je n' ai rien à corriger et ils croient tous être des artistes ce que par ruse, je leur confirme toujours. Je vais devoir jongler entre les deux groupes, m' occuper de l' un et occuper l' autre (J ai connu plus tard les classes de campagne à tous cours, jonglage total et le travail sur cahier il faut le corriger, le noter chaque soir, plus on en donne pour être tranquille, plus le soir s' étirera sous la chandelle).
On a toujours envié l' instituteur, mais je vous assure que mes journées étaient longues. Les cours, les surveillances, la cantine de midi à surveiller, puis la cour jusqu' à la reprise, de nouveau surveillance de cour jusqu' à l' étude surveillée du soir jusqu à 18 heures. Aucune interruption depuis le matin, ensuite à 18 heures, une nouvelle journée commence pour corrections, annotations, classements, dossiers individuels, préparation de tout le déroulement de la journée suivante, recherche de matériel, réception des parents, activités péri- scolaires. Une journée très, vraiment très continue. Moi aussi, j'y croyais... et ne pensez pas qu'une surveillance de cour de 150 élèves, ce soit une récréation pour le surveillant.
Je me souviens que plus tard, un peu avant Pâques, je faisais un examen d' essai (BEPC) et j' emmenais mes 90 ou 100 ou plus copies à la neige avec moi et tous les soirs, à la rentrée du ski, j' en corrigeais une dizaine, pas plus, après on s' énerve ou on s' endort. Je sais qu' on va me redire - la litanie est récurrente - ne te plains pas, sécurité de l' emploi, vacances surabondantes, certitude de la retraite et si tu n' es pas content, tu n' avais qu' à faire autre chose au lieu de pantoufler dans ta situation de fonctionnaire surprotégé par ton puissant syndicat et tes mutuelles et par la responsabilité de l' Etat, alors que nous dans le "privé" c' est la galère etc...Amis, Amies, je vous en prie, épargnez-moi, j' ai déjà assez mal comme ça, je raconte et je ne polémique pas, je suis né humble, je reste humble, j' ai fait ce que j' ai pu et je me fais tout petit sous mon grand parapluie.
Donc, on attaque. Lecture, vous voyez ça . On voit souvent « çà » écrit pour « ça » (« c’est comme çà » pour « c’est comme ça »), or « çà » ne se rencontre guère que dans la locution « çà et là », ça vous est égal ? dites-moi plutôt merci de vous le rappeler . Je continue, le dessin tout rond, c' est un "O" et celui-là également, un autre encore mais un petit "o", il compte quand même, et attention pas "0" là, on entre dans le zéro des mathématiques . Je vous donne un fragment de mon journal (un titre neutre sinon, on va me dire que je fais de la politique à l' école, on se méfie toujours des instituteurs, presque tous de gauche, c' est affreux !) et vous allez mettre du beau crayon de couleur sur tous ceux que vous trouverez, des petits o ou des grands O. Un bon-point à celui qui produit la plus grande collection. Au travail. Attention , je vous regarde. Ils aiment mettre de la couleur partout, mais aquarelle exclue, seulement les crayons de couleur à la mine hélas toujours cassée, je penserai acquérir un couteau solide. Et puis ensuite on barbouillera les "a" mais c' est plus compliqué que les "o", on trouve des petits "a " et des grands "A" pas pareils et des petits "a" autrement, ceux qu' on écrit, trois dessins différents, vraiment pourquoi faire simple quand on peut compliquer... Qui connaît les grands "E"et les petits "e" et les "i", grands ou petits ça m' est égal, mais fichez-moi la paix pendant que je vais faire ânonner les grands sur une stupide histoire de fée .
Quoi ?-Ah! tu connais les "U" ta mère te les as appris - si les parents commencent à s' en mêler le premier jour, c' est pas gagné.- Ensuite on va compter, deux élèves à chaque table (les élèves étaient assis par tables de deux, dessus en pente légère et trou pour l' encrier, source de tant de maux). Deux enfants à cette table, et derrière idem, je suis sûr qu' on ira vite jusqu' à quatre, éventuellement deux fois deux élèves ça fera quatre et on aura compris le sens de l' addition 2 + 2 et de la multiplication qui en fait, n' est qu' une forme d' addition car 2+2 c' est aussi 2 x 2, compris les petits ? mais toutes les tables étaient pleines, aucune place libre pas possible d' apprendre le 1 ou le 3 sans faire lever les élèves et il est préférable de les laisser assis . Le zéro est possible si j' envoie deux bavards "au coin" - et promis je vous apporterai demain de belles images trouvées dans les boîtes de chocolat Menier pour vous récompenser, images seulement, le chocolat je le garde pour moi. Les bons points, c ' est comme les décorations, ça marche toujours, que ne ferait-on pas pour décrocher une belle médaille, même dans l' enseignement pourtant généralement réfractaire et non dupe, on nous en attribuait de belles, spécifiques de la noble fonction enseignante et je dois dire que certains, "chevaliers" ou même "officiers" de je ne sais plus quoi, vont jusqu' à l' écrire sur leurs cartes de visite. C 'est humain et je ne critique pas. Quant à moi...j' ai toujours eu mauvais esprit. Et puis mes images de chocolat, je vais les garder par devers moi, encore grand enfant et je vais découper des carrés de papier sur lesquels j' écrirai "Bon - point" et je les distribuerai généreusement, ça fera le même effet, Vanitas, vanitatum ! Bon, pas trop mal pour un premier jour, pourvu que ça dure, demain on verra la suite. Ce soir, j' emporte sous mon bras vos beaux cahiers sur lesquels je mettrai des "bien" et même des "Très bien" avec une belle encre rouge, pas de reproches pour ne pas vous traumatiser déjà si jeunes, ça pourrait entraîner des effets indélébiles sur votre développement psychique et les psychologues veillent et nous ont à l' oeil, nous les prétendus éducateurs. Je vais tracer les lignes de pente préconisées pour guider les écritures, 2 carreaux en large et trois en hauteur, comme le préconisent les instructions officielles, tg de l' angle = 1/3 et ça me permettra une initiation à la trigonométrie, pourquoi pas. A la maison, ce soir, pain et saucisson, les préparations de soupe instantanée ne sont pas encore inventées, mais le mois prochain avec ma première paye, je cherche un restaurant pension de famille.
lundi 17 février 2020
Jeune adulte 7
La nuit a été courte, un peu angoissée
peut-être par des rêves d' adulte poursuivi par des meutes d 'enfants
menaçants. Prise en main. Tout le monde au tableau et on ne s' éloigne
pas plus que le bout de ma baguette, le troupeau ondule facilement et
se laisserait bien distraire par des facéties de tous ordres, de même
que les 25 autres qui font semblant de faire un travail sur leur cahier
et en réalité cherchent un créneau pour se dissiper. J' ai l' oeil et
même les deux, un à droite, l' autre à
gauche, strabisme obligé.
On y va, je commence ma méthode, ça c' est la lettre B(é), si je la mets sur mon ardoise et que je la pose à côté de mon "A" ce dessin bizarre qu' on appelle A, allez savoir pourquoi, donc sij ' installe mon B(é) devant mon A, ça fera quoi ?- BéA, M' sieur - mais non pas BéA, cancre, ça fera BA, parce que mon B(é) en réalité c' est un Be qui cherche à aspirer un "A" pour faire Be + A, = BA ( ils pourraient pas l' appeler Be leur lettre et pas Bé, vraiment rien pour aider)
Compris ? B(é) c ' est Be et Pé c' est Pe et Pé avec A ça fait PA et PAPA va venir vous gronder si vous continuez à remuer. M' sieur - oui, Bertrand- Maman m' a appris la lettre R (ère), - avec un A ça fait èrA ou RéA ou ReA. ou RA ? - chipoteurs déjà ! - plus tard, chaque chose en son temps - et toi Julien, ta mère elle t' a appris quoi ? - Rien - tant mieux - toi qui lève le bras, tu demandes à lire, tu es intéressé et tu veux lire ?- non, M' sieur, moi, , c' est la "grosse commission" et ça presse - tu sais y aller tout seul ?- oui, M' sieur - alors, vas-y vite. M' sieur, moi, c' est la petite, je peux y aller ? et moi aussi ? M' sieur, j' ai besoin fort . Voilà qu' il en manque une dizaine, c' est contagieux ( L' émotion peut-être, je me rappelle mon oral du Bac et l' angoisse n' ayant pas de pantalon de rechange ) - Mon demi-cercle d' auditeurs-acteurs devant le tableau, est dégarni fortement - je me suis fait avoir- je serai moins cool la prochaine fois; ça revient petit à petit - on en était à PAPA - oui, M' sieur et avec un i ça fait PIPI dans le POPO, je n' y couperai pas, PAPA, PIPI, POPO bien sûr et bientôt CACA si ça les amuse. Les instructions officielles disent d' utiliser " des Centres d' intérêt", les intéresser avec des centres d' intérêt, rien sans intérêt, je vois que les contingences physiologiques ça appelle l' intérêt. Je craque, je vais appeler pour moi seulement NINI (peau d' chien), une belle NANA et ses NéNés pendant qu' on y est. Où suis-je?
Du calme, mais n' oublions pas les 25 qui ont expédié leur page d' écriture à la vitesse très grand V et commencent à s' agiter - Silence, les grands, laissez travailler les petits ! - M' sieu ? - celui-là je l' ai dans le collimateur depuis un temps - il s' appelle Simon, le clown de service - Oui ? - M' sieur, il a dit un gros mot - c ' est pas vrai , c ' est lui - Calmez - vous et surveillez votre langage - Reprenons , j' ai une ardoise avec B, une autre avec P, une avec R, une avec T ou autre chose , je les pose devant mes A, E, I O, U et on lira BA ou RI ou TU, etc... compris ?
M' sieu ? C' est le Simon du groupe des grands, encore lui - M' sieu, il a dit M...- indignation générale envers celui qui l' a dit ou celui qui le répète - Simon, tu l' as dit aussi, tu es aussi fautif - assieds-toi et finis ton travail. M' sieu, j' ai fini - et bien révise ta table des cinq - M' sieu, je la sais par coeur - les voisins, oui, M' sieu, c' est vrai, même qu' il nous l' a récitée - alors croise les bras et attends que j' arrive et tiens-toi tranquille, sinon je vais me fâcher . Je reprends la chanson avec les petits, c ' est devenu une chorale, B A BA etc... ils croient qu' il faut chanter et ils aiment ça et si je change l' ardoise, ils continuent le même air. Je n' en peux plus et voilà le Simon qui est debout, encore, la main verticale, M' sieu ? - J' ai peur, je m' attends à tout. Il est hilare, sa bouche fendue en arc de cercle concave de 120 degrés rejoint ses oreilles, son regard circulaire fait le tour de l' auditoire, sidéré d' un tel culot .
Je retiens mon souffle (la suite est vraie, ça s' est vraiment passé comme ça) M' sieu - il a dit "capote anglaise" et il rit, il rit, il regarde autour de lui pour mesurer l' impact, la classe est figée mais se reprend très vite et chuchote et bavarde et s' agite, je ne maîtrise plus rien. Mon Dieu laïque, viens à mon secours, que t' ai-je fait pour mériter ça ? Impasse totale. Simon a gagné.
Tout le monde dehors, on avance la récréation - et vite et en silence, et pas un mot et ....
(je répète, ça s' est vraiment passé comme ça)
On y va, je commence ma méthode, ça c' est la lettre B(é), si je la mets sur mon ardoise et que je la pose à côté de mon "A" ce dessin bizarre qu' on appelle A, allez savoir pourquoi, donc sij ' installe mon B(é) devant mon A, ça fera quoi ?- BéA, M' sieur - mais non pas BéA, cancre, ça fera BA, parce que mon B(é) en réalité c' est un Be qui cherche à aspirer un "A" pour faire Be + A, = BA ( ils pourraient pas l' appeler Be leur lettre et pas Bé, vraiment rien pour aider)
Compris ? B(é) c ' est Be et Pé c' est Pe et Pé avec A ça fait PA et PAPA va venir vous gronder si vous continuez à remuer. M' sieur - oui, Bertrand- Maman m' a appris la lettre R (ère), - avec un A ça fait èrA ou RéA ou ReA. ou RA ? - chipoteurs déjà ! - plus tard, chaque chose en son temps - et toi Julien, ta mère elle t' a appris quoi ? - Rien - tant mieux - toi qui lève le bras, tu demandes à lire, tu es intéressé et tu veux lire ?- non, M' sieur, moi, , c' est la "grosse commission" et ça presse - tu sais y aller tout seul ?- oui, M' sieur - alors, vas-y vite. M' sieur, moi, c' est la petite, je peux y aller ? et moi aussi ? M' sieur, j' ai besoin fort . Voilà qu' il en manque une dizaine, c' est contagieux ( L' émotion peut-être, je me rappelle mon oral du Bac et l' angoisse n' ayant pas de pantalon de rechange ) - Mon demi-cercle d' auditeurs-acteurs devant le tableau, est dégarni fortement - je me suis fait avoir- je serai moins cool la prochaine fois; ça revient petit à petit - on en était à PAPA - oui, M' sieur et avec un i ça fait PIPI dans le POPO, je n' y couperai pas, PAPA, PIPI, POPO bien sûr et bientôt CACA si ça les amuse. Les instructions officielles disent d' utiliser " des Centres d' intérêt", les intéresser avec des centres d' intérêt, rien sans intérêt, je vois que les contingences physiologiques ça appelle l' intérêt. Je craque, je vais appeler pour moi seulement NINI (peau d' chien), une belle NANA et ses NéNés pendant qu' on y est. Où suis-je?
Du calme, mais n' oublions pas les 25 qui ont expédié leur page d' écriture à la vitesse très grand V et commencent à s' agiter - Silence, les grands, laissez travailler les petits ! - M' sieu ? - celui-là je l' ai dans le collimateur depuis un temps - il s' appelle Simon, le clown de service - Oui ? - M' sieur, il a dit un gros mot - c ' est pas vrai , c ' est lui - Calmez - vous et surveillez votre langage - Reprenons , j' ai une ardoise avec B, une autre avec P, une avec R, une avec T ou autre chose , je les pose devant mes A, E, I O, U et on lira BA ou RI ou TU, etc... compris ?
M' sieu ? C' est le Simon du groupe des grands, encore lui - M' sieu, il a dit M...- indignation générale envers celui qui l' a dit ou celui qui le répète - Simon, tu l' as dit aussi, tu es aussi fautif - assieds-toi et finis ton travail. M' sieu, j' ai fini - et bien révise ta table des cinq - M' sieu, je la sais par coeur - les voisins, oui, M' sieu, c' est vrai, même qu' il nous l' a récitée - alors croise les bras et attends que j' arrive et tiens-toi tranquille, sinon je vais me fâcher . Je reprends la chanson avec les petits, c ' est devenu une chorale, B A BA etc... ils croient qu' il faut chanter et ils aiment ça et si je change l' ardoise, ils continuent le même air. Je n' en peux plus et voilà le Simon qui est debout, encore, la main verticale, M' sieu ? - J' ai peur, je m' attends à tout. Il est hilare, sa bouche fendue en arc de cercle concave de 120 degrés rejoint ses oreilles, son regard circulaire fait le tour de l' auditoire, sidéré d' un tel culot .
Je retiens mon souffle (la suite est vraie, ça s' est vraiment passé comme ça) M' sieu - il a dit "capote anglaise" et il rit, il rit, il regarde autour de lui pour mesurer l' impact, la classe est figée mais se reprend très vite et chuchote et bavarde et s' agite, je ne maîtrise plus rien. Mon Dieu laïque, viens à mon secours, que t' ai-je fait pour mériter ça ? Impasse totale. Simon a gagné.
Tout le monde dehors, on avance la récréation - et vite et en silence, et pas un mot et ....
(je répète, ça s' est vraiment passé comme ça)
Jeune adulte 8
Les semaines s'écoulent, la lecture
avance, le petit peuple assimile les lettres, les sons, la classe reste
relativement calme malgré les deux ou trois amuseurs publics déjà cités,
leur inspiration s' est tarie, c' est le consensus. Chaque jour je
surveille la fenêtre pour guetter une arrivée soudaine du tribunal
devant lequel je dois comparaître pour le Certificat d' aptitude
pédagogique, et un jour ça y est, ils sont là, personne ne m' a prévenu.
J'ai pris la peine, moi, un jour venu, d' aller à bicyclette chez une
collègue pour lui annoncer la visite dont j'avais eu connaissance pour
le lendemain, de l' aréopage chargé de son jugement, (c' était aussi une
occasion d' aller la voir) mais pour moi rien, alors que l'
Inspecteur est persuadé que le secret transpire toujours. "Vous m'
attendiez" me dit-il avec un air entendu – oui - tous les jours mais
pas forcément
celui-là.
Ils sont trois, deux directeurs d' école de ville, plus M. l' IP., à qui je ne dois pas me contenter de dire Monsieur tout court, mais Monsieur l' Inspecteur, je précise aussi que tout courrier devait se terminer par " l' expression de mon profond respect "ou "mes respectueuses salutations". Il s'installe au bureau et prend des notes, les autres juges vont et viennent dans la classe, pas de place pour s' asseoir, on est trop nombreux, les plus de 50 gamins plus les quatre adultes (dont moi un presque adulte) et je dois orchestrer le tout, réelle gymnastique, discipline, efficacité, coordination des tâches, maniement de la baguette rassembleuse, la matinée est longue et tendue
Délibération des chefs et verdict : admis, capacité à enseigner reconnue avec toutefois pas mal de réserves, par exemple, enfants livrés à eux-même quand le maître est occupé ailleurs, j' en aurais dit autant à leur place, mais ils ne m'ont pas délivré de recette ni exécuté une démonstration. La note n'est pas terrible, à deux chiffres mais deux petits chiffres, elle augmentera de un demi-point à chaque inspection, on a le temps, si ce n' est que l' avancement donc la paye, augmente plus ou moins vite en fonction de cette note, pas d'inspection pas d' augmentation rapide de note, stagnation de la paye, évolution à l' ancienneté et non au "mérite" . j' ai été plus tard quatorze années consécutives sans inspection, bond prodigieux de la note en fin de carrière et grande reconnaissance finale de mes talents mais trop tard pour un avancement accéléré à une année de la retraite. Dans ces métiers, d' aucuns avancent très vite et d' autres sont à la traîne, il y a le mi-choix, le choix, le grand choix, la classe exceptionnelle, la hors-classe ... quant à moi ...
Je suis maintenant adulte puisque j'ai un métier et une feuille de paye
(à regarder à la loupe). J'achète ma première montre- bracelet, à l'
époque, c 'est très cher, du luxe, des mois d' économies. la voiture, la
4CV ou la 2CV, vous n'y pensez pas, inimaginable avant de nombreuses
années . Je songe à un petit "vélomoteur"...comme on les appelait à l' époque.
Difficile à trouver, encore la pénurie de l'
aussitôt-guerre.
Vint l' année suivante, ma première inspection, toujours le guet à la fenêtre, le soulagement tous les soirs le stress tous les matins surtout quand on est allé au bal du dimanche soir
ce qui m' arrivait assez souvent. Tout au long d' une carrière, on tremble chaque jour, on ne peut pas continuellement être parfait, alors cette arrivée surgissant à n'importe quel instant génère une angoisse permanente.
J 'avais comme chaque jour, allumé mon poêle avec papier et petit bois, préparé mon gros tas de cahiers, et voilà l' Inspecteur- Bonjour – inspection - faites comme si je n' étais pas là - ( facile), il s' installe au bureau
et se plonge dans ses notes - Allez-y, commencez la classe - mais pour commencer il faut distribuer les cahiers et...pas de cahiers- où sont les cahiers ?- Panique - oubliés où? - en épave quelque part ? - première fois que ça m' arrive - Je cherche...- Allez-y, commencez - facile à dire - réflexion intense - ils doivent être sous le bureau - Excusez-moi, Monsieur l' Inspecteur (pour une fois, j'emploie la formule préconisée)- pouvez - vous SVP vous lever un instant, mes cahiers sont sous le bureau - Il se lève, se rassoit, rien. Désespoir.
Que vais-je devenir ? Mon avenir s' effondre, je vais être révoqué– Mais qu'attendez-vous ? - l'IP commence à se poser des questions - et moi aussi - je fais deux fois le tour de la classe désespéré, sans plan B - et une voix s' élève de la si convoitée place au dernier rang de la dernière rangée du fond - M' sieu, les cahiers, ils sont par terre derrière le poêle (où je les avais déposés pour libérer mes mains en allumant le feu). Soulagement, le coeur reprend son rythme, les couleurs reviennent et avec un quart d' heure de retard la classe commence enfin. La note ? Pas terrible - un demi-point ou un de plus je ne m'en souviens plus trop, mais pas la gloire... (Histoire authentique .
Ils sont trois, deux directeurs d' école de ville, plus M. l' IP., à qui je ne dois pas me contenter de dire Monsieur tout court, mais Monsieur l' Inspecteur, je précise aussi que tout courrier devait se terminer par " l' expression de mon profond respect "ou "mes respectueuses salutations". Il s'installe au bureau et prend des notes, les autres juges vont et viennent dans la classe, pas de place pour s' asseoir, on est trop nombreux, les plus de 50 gamins plus les quatre adultes (dont moi un presque adulte) et je dois orchestrer le tout, réelle gymnastique, discipline, efficacité, coordination des tâches, maniement de la baguette rassembleuse, la matinée est longue et tendue
Délibération des chefs et verdict : admis, capacité à enseigner reconnue avec toutefois pas mal de réserves, par exemple, enfants livrés à eux-même quand le maître est occupé ailleurs, j' en aurais dit autant à leur place, mais ils ne m'ont pas délivré de recette ni exécuté une démonstration. La note n'est pas terrible, à deux chiffres mais deux petits chiffres, elle augmentera de un demi-point à chaque inspection, on a le temps, si ce n' est que l' avancement donc la paye, augmente plus ou moins vite en fonction de cette note, pas d'inspection pas d' augmentation rapide de note, stagnation de la paye, évolution à l' ancienneté et non au "mérite" . j' ai été plus tard quatorze années consécutives sans inspection, bond prodigieux de la note en fin de carrière et grande reconnaissance finale de mes talents mais trop tard pour un avancement accéléré à une année de la retraite. Dans ces métiers, d' aucuns avancent très vite et d' autres sont à la traîne, il y a le mi-choix, le choix, le grand choix, la classe exceptionnelle, la hors-classe ... quant à moi ...
Vint l' année suivante, ma première inspection, toujours le guet à la fenêtre, le soulagement tous les soirs le stress tous les matins surtout quand on est allé au bal du dimanche soir
ce qui m' arrivait assez souvent. Tout au long d' une carrière, on tremble chaque jour, on ne peut pas continuellement être parfait, alors cette arrivée surgissant à n'importe quel instant génère une angoisse permanente.
J 'avais comme chaque jour, allumé mon poêle avec papier et petit bois, préparé mon gros tas de cahiers, et voilà l' Inspecteur- Bonjour – inspection - faites comme si je n' étais pas là - ( facile), il s' installe au bureau
et se plonge dans ses notes - Allez-y, commencez la classe - mais pour commencer il faut distribuer les cahiers et...pas de cahiers- où sont les cahiers ?- Panique - oubliés où? - en épave quelque part ? - première fois que ça m' arrive - Je cherche...- Allez-y, commencez - facile à dire - réflexion intense - ils doivent être sous le bureau - Excusez-moi, Monsieur l' Inspecteur (pour une fois, j'emploie la formule préconisée)- pouvez - vous SVP vous lever un instant, mes cahiers sont sous le bureau - Il se lève, se rassoit, rien. Désespoir.
Que vais-je devenir ? Mon avenir s' effondre, je vais être révoqué– Mais qu'attendez-vous ? - l'IP commence à se poser des questions - et moi aussi - je fais deux fois le tour de la classe désespéré, sans plan B - et une voix s' élève de la si convoitée place au dernier rang de la dernière rangée du fond - M' sieu, les cahiers, ils sont par terre derrière le poêle (où je les avais déposés pour libérer mes mains en allumant le feu). Soulagement, le coeur reprend son rythme, les couleurs reviennent et avec un quart d' heure de retard la classe commence enfin. La note ? Pas terrible - un demi-point ou un de plus je ne m'en souviens plus trop, mais pas la gloire... (Histoire authentique .
dimanche 16 février 2020
Jeune adulte 9
Je suis resté trois années dans cette
école. Un nouveau directeur est venu, bonne entente, il me confie la
grande classe, celle où l' on prépare l' entrée en sixième qui à cette époque se fait
sur concours et tout va à peu-près bien jusqu' au jour où l' on reçoit
une circulaire de l' Inspecteur d' Académie disant que les jeunes
maîtres doivent demander un poste de campagne.
Je fais une demande pour un village pas très éloigné, classe à tous cours avec secrétariat de la mairie ce qui m' obligera à limiter mon temps de vacances. Je m' initie comme je peux à ce nouveau travail qui finalement me plaît assez, réception des gens, participation à la vie du village, organisation avec les habitants d' une séance théâtrale et deux années se passent, je rejoins souvent mon ancienne affectation où j ai laissé des amis (et des amies) et où je rencontre celle qui deviendra mon épouse et j' ai raconté la suite dans " Beau village".
Je rejoins donc ma nouvelle affectation celle où j' ai raconté dernièrement avoir vécu en bonne harmonie avec une colonies de loirs, auparavant j' avais passé un mois en Slovaquie dans les montagnes "Tatras" à creuser une tranchée pour le passage d' un train, pioches, pelles et mains, (travail 3 semaines, excursions 1 semaine) à l' appel d' un groupement estudiantin, un train entier pour une expérimentation multi-nationalités de méthodes collectivistes auxquelles je renâcle fort et n' ai participé que pour faire plaisir à un ami plus enthousiaste que moi. Premier matin, hissement des couleurs, alors là retour au lit et absence les jours suivants. Ensuite, définition de normes de travail, refus de ma part, ça commence mal. Mauvaise tête la semaine, mais par esprit de contradiction volontaire actif pour le travail du dimanche. Je reviendrai cependant intact physiquement et intellectuellement.
. Je m' étais auto-spécialisé dans le calage des rails sur lesquels roulaient les wagonnets de déblais, difficile, un wagonnet derrière moi devient incontrôlable par son frein, un levier qui est un rondin de bois inefficace, il prend de la vitesse, se rapproche du mien et va me pousser ou me projeter, alors je saute en marche, roule dans la pente et me blesse un peu au genou, le wagonnet prend de la vitesse, arrive en fin de rails, se renverse, des blocs de pierre roulent chutent dans le trou profond où des polonais construisent une structure en bois pour édification d' un pilier, craquements, poutres déchirées et les ouvriers d' en bas qui me regardent interloqués, je suis en haut du trou, je scrute les dégâts, personne n' est blessé par un hasard merveilleux, pendant une seconde je crois au "Bon" dieu. je reprends ma respiration, on reconditionnera la structure en bois, aucun reproche, soumis et résignés les ouvriers (des vrais, pas des clampins comme moi). Je renonce à ma spécialité.
Le premier jour, à Prague, sorti seul, je m' étais perdu, sans argent, vêtu du misérable short qu' on nous avait remis à l' arrivée, sans argent, frigorifié, sans papiers, sans langage intelligible, et la nuit qui vient, affolé, désorienté, où est le collège Mazarik ? Plusieurs heures d' errance, arrivée tardive, repas terminé, j' entre dans une salle où des applaudissements rythmés saluent le discours d' un orateur, moi je n' applaudis pas de cette façon sur commande, pas convaincu d' office, refus, mauvais départ.
Quelques années plus tard, au hasard d' une conversation, j' apprends que le médecin du bourg où j' étais devenu professeur de Collège était dans ce train vers la Tchécoslovaquie, il me demande si je me souviens d' un incident, long arrêt du train pour cause d' une portière restée ouverte, sûr que je m' en souviens, il m' avoue qu' il était la cause (volontaire ou pas, je n' affirme rien...) de cet incident et il en est tout fier. Extraordinaire cette période de vie où on n' est toujours qu' à moitié responsable, cause jeunesse, et qu'on en est parfaitement conscient. Nous sympathisons aussitôt, quelques points communs, c' est sûr.
Voilà j' ai tout raconté de mon itinéraire professionnel et maintenant que je suis vieux tout cela me paraît désuet presque futile...la vie est ainsi faite, tout revient en boucle comme le scénario d un film pas mauvais mais très quelconque où l' on serait acteur et qui aurait pu être différent puis tout s' efface, tout se dilue, tout s' oublie, tout disparaît.
Je fais une demande pour un village pas très éloigné, classe à tous cours avec secrétariat de la mairie ce qui m' obligera à limiter mon temps de vacances. Je m' initie comme je peux à ce nouveau travail qui finalement me plaît assez, réception des gens, participation à la vie du village, organisation avec les habitants d' une séance théâtrale et deux années se passent, je rejoins souvent mon ancienne affectation où j ai laissé des amis (et des amies) et où je rencontre celle qui deviendra mon épouse et j' ai raconté la suite dans " Beau village".
Je rejoins donc ma nouvelle affectation celle où j' ai raconté dernièrement avoir vécu en bonne harmonie avec une colonies de loirs, auparavant j' avais passé un mois en Slovaquie dans les montagnes "Tatras" à creuser une tranchée pour le passage d' un train, pioches, pelles et mains, (travail 3 semaines, excursions 1 semaine) à l' appel d' un groupement estudiantin, un train entier pour une expérimentation multi-nationalités de méthodes collectivistes auxquelles je renâcle fort et n' ai participé que pour faire plaisir à un ami plus enthousiaste que moi. Premier matin, hissement des couleurs, alors là retour au lit et absence les jours suivants. Ensuite, définition de normes de travail, refus de ma part, ça commence mal. Mauvaise tête la semaine, mais par esprit de contradiction volontaire actif pour le travail du dimanche. Je reviendrai cependant intact physiquement et intellectuellement.
. Je m' étais auto-spécialisé dans le calage des rails sur lesquels roulaient les wagonnets de déblais, difficile, un wagonnet derrière moi devient incontrôlable par son frein, un levier qui est un rondin de bois inefficace, il prend de la vitesse, se rapproche du mien et va me pousser ou me projeter, alors je saute en marche, roule dans la pente et me blesse un peu au genou, le wagonnet prend de la vitesse, arrive en fin de rails, se renverse, des blocs de pierre roulent chutent dans le trou profond où des polonais construisent une structure en bois pour édification d' un pilier, craquements, poutres déchirées et les ouvriers d' en bas qui me regardent interloqués, je suis en haut du trou, je scrute les dégâts, personne n' est blessé par un hasard merveilleux, pendant une seconde je crois au "Bon" dieu. je reprends ma respiration, on reconditionnera la structure en bois, aucun reproche, soumis et résignés les ouvriers (des vrais, pas des clampins comme moi). Je renonce à ma spécialité.
Le premier jour, à Prague, sorti seul, je m' étais perdu, sans argent, vêtu du misérable short qu' on nous avait remis à l' arrivée, sans argent, frigorifié, sans papiers, sans langage intelligible, et la nuit qui vient, affolé, désorienté, où est le collège Mazarik ? Plusieurs heures d' errance, arrivée tardive, repas terminé, j' entre dans une salle où des applaudissements rythmés saluent le discours d' un orateur, moi je n' applaudis pas de cette façon sur commande, pas convaincu d' office, refus, mauvais départ.
Quelques années plus tard, au hasard d' une conversation, j' apprends que le médecin du bourg où j' étais devenu professeur de Collège était dans ce train vers la Tchécoslovaquie, il me demande si je me souviens d' un incident, long arrêt du train pour cause d' une portière restée ouverte, sûr que je m' en souviens, il m' avoue qu' il était la cause (volontaire ou pas, je n' affirme rien...) de cet incident et il en est tout fier. Extraordinaire cette période de vie où on n' est toujours qu' à moitié responsable, cause jeunesse, et qu'on en est parfaitement conscient. Nous sympathisons aussitôt, quelques points communs, c' est sûr.
Voilà j' ai tout raconté de mon itinéraire professionnel et maintenant que je suis vieux tout cela me paraît désuet presque futile...la vie est ainsi faite, tout revient en boucle comme le scénario d un film pas mauvais mais très quelconque où l' on serait acteur et qui aurait pu être différent puis tout s' efface, tout se dilue, tout s' oublie, tout disparaît.
Jeune adulte 10
Je me revois quarante années en arrière quand surgit dans
nos écoles un évènement qui changea nos vies d' enseignants, un
cataclysme. J' en avais vaguement entendu parler par un collègue d' une
ville voisine " Tu sais ce que c' est la théorie des ensembles ? - Non,
aucune idée - On en parle beaucoup - Ah bon ! " .
Et on en parla de plus en plus si bien que j' achetai une publication toute neuve qui m' expliqua par le détail de quoi il s' agissait, remettre de l'ordre dans une maison un peu disparate, reconsidérer la structure des nombres, savoir de quoi on parle et faire avec des mathématiques de la mathématique.
Et j' étais à peu près prêt quand le tsunami surgit dans les classes, on organisa des réunions, j' assistai à l' une au chef lieu du département ou en une journée j' eus droit à l' exposé à rapidité vertigineuse des nouvelles maths de la 6ème à la terminale. On se regardait entre collègues ce qui signifiait " tu suis encore ou t' es largué ?"
Une autre fois, convoqué encore, à mon avis pour être mieux formé, non, je compris que c' était moi qui devenait formateur des instituteurs de mon canton. On s' habitue à tout et j' entrai dans la danse.
Finalement ce n' était pas la mer à boire, cependant, en particulier la géométrie prit un tout nouvel aspect. Jusque là, on faisait confiance à Euclide qui avait dit que la droite est le plus court chemin d' un point à un autre, mais demandons au GPS quel est le plus court chemin pour arriver à la destination des vacances, il va faire des histoires avec ou non les autoroutes, en privilégiant le plus court en temps ou en kilomètres, avec ou sans radars., ringard le Euclide, ça avait besoin d' un sérieux coup de torchon.
Je viens de rouvrir mon premier livre de mathématique moderne destiné à la classe de quatrième en 1971 (Editions Bordas) et je lis (page 154): Définitions : Nous appelons droite affine-euclidienne (sans lui demander son autorisation à Euclide) tout ensemble (D) de points (jusque là d' accord, ensuite ça se corse) auxquels est associée une famille F de bijections de (D) dans R (pas dans l' air) dans l' ensemble R des nombres réels ( que vous connaissez certainement très bien, merci de me le confirmer) telle que 1. si f et g sont deux éléments de F, il existe un nombre réel a satisfaisant à : ou bien quel que soit M appartenant à (D) g(M) = f(M) + a ou bien quel que soit M appartenant à (D) g(M) = - f(M) + a 2. inversement si f est un élément particulier de F et a un nombre réel (un vrai ! pas un imaginaire car il existe des nombres imaginaires, allez voir sur Wikipédia) les bijections obtenues par les formules (I) et (II) appartiennent à F. Nous appelons distance de deux points A et B d' une droite euclidienne le nombre positif valeur absolue de f(A) - f(B), f étant une quelconque des bijections de F.
Ainsi définie notre ligne droite reste droite dans toutes les courbures de l' espace-temps, sans se recouper sinon adieu la bijection !
Voilà, j' ai tout dit. (j' ajoute que la consommation d' aspirine à l époque a vite augmenté dans le corps enseignant) les élèves quant à eux, ils veulent bien tout ce qu' on leur dit, pas contrariants. Un ou deux de mes élèves ont semblé avoir compris ce que ça voulait dire, moi aussi je crois mais je n' en suis pas tout à fait sûr. J' ignore ce que tout ça est devenu, je suis un retraité très réel comme l' ensemble R (des nombres "réels" ) et j' ai bien mérité ma retraite.
Et on en parla de plus en plus si bien que j' achetai une publication toute neuve qui m' expliqua par le détail de quoi il s' agissait, remettre de l'ordre dans une maison un peu disparate, reconsidérer la structure des nombres, savoir de quoi on parle et faire avec des mathématiques de la mathématique.
Et j' étais à peu près prêt quand le tsunami surgit dans les classes, on organisa des réunions, j' assistai à l' une au chef lieu du département ou en une journée j' eus droit à l' exposé à rapidité vertigineuse des nouvelles maths de la 6ème à la terminale. On se regardait entre collègues ce qui signifiait " tu suis encore ou t' es largué ?"
Une autre fois, convoqué encore, à mon avis pour être mieux formé, non, je compris que c' était moi qui devenait formateur des instituteurs de mon canton. On s' habitue à tout et j' entrai dans la danse.
Finalement ce n' était pas la mer à boire, cependant, en particulier la géométrie prit un tout nouvel aspect. Jusque là, on faisait confiance à Euclide qui avait dit que la droite est le plus court chemin d' un point à un autre, mais demandons au GPS quel est le plus court chemin pour arriver à la destination des vacances, il va faire des histoires avec ou non les autoroutes, en privilégiant le plus court en temps ou en kilomètres, avec ou sans radars., ringard le Euclide, ça avait besoin d' un sérieux coup de torchon.
Je viens de rouvrir mon premier livre de mathématique moderne destiné à la classe de quatrième en 1971 (Editions Bordas) et je lis (page 154): Définitions : Nous appelons droite affine-euclidienne (sans lui demander son autorisation à Euclide) tout ensemble (D) de points (jusque là d' accord, ensuite ça se corse) auxquels est associée une famille F de bijections de (D) dans R (pas dans l' air) dans l' ensemble R des nombres réels ( que vous connaissez certainement très bien, merci de me le confirmer) telle que 1. si f et g sont deux éléments de F, il existe un nombre réel a satisfaisant à : ou bien quel que soit M appartenant à (D) g(M) = f(M) + a ou bien quel que soit M appartenant à (D) g(M) = - f(M) + a 2. inversement si f est un élément particulier de F et a un nombre réel (un vrai ! pas un imaginaire car il existe des nombres imaginaires, allez voir sur Wikipédia) les bijections obtenues par les formules (I) et (II) appartiennent à F. Nous appelons distance de deux points A et B d' une droite euclidienne le nombre positif valeur absolue de f(A) - f(B), f étant une quelconque des bijections de F.
Ainsi définie notre ligne droite reste droite dans toutes les courbures de l' espace-temps, sans se recouper sinon adieu la bijection !
Voilà, j' ai tout dit. (j' ajoute que la consommation d' aspirine à l époque a vite augmenté dans le corps enseignant) les élèves quant à eux, ils veulent bien tout ce qu' on leur dit, pas contrariants. Un ou deux de mes élèves ont semblé avoir compris ce que ça voulait dire, moi aussi je crois mais je n' en suis pas tout à fait sûr. J' ignore ce que tout ça est devenu, je suis un retraité très réel comme l' ensemble R (des nombres "réels" ) et j' ai bien mérité ma retraite.
samedi 15 février 2020
Jeune adulte 11
J' ai raconté qu' après six années dans un beau village, las de faire plusieurs fois par jour la provision d' eau à la source pas toute proche, nous avions décidé de le quitter , un peu cependant à contre-coeur, le passage dans ce village est riche de bien des souvenirs. Mon épouse obtint un poste à l' école maternelle d' un chef - lieu de canton pourvu d' une belle grande école toute neuve, j' avais opté, afin de me rapprocher d' elle, pour une école à tous cours dans un village à quelques kilomètres de là.
Et voilà que je suis convoqué par l' Inspecteur au chef - lieu d' arrondissement, j' y vais le jeudi suivant. Que me veut-il ? Je suis méfiant et pas décidé cette fois à m' en laisser conter - Monsieur B - oui, monsieur l' Inspecteur - j' ai votre dossier en main, vous êtes un excellent maître - (oublié pour les promotions au choix pourtant)- Je le crois effectivement M. L' I - Vous êtes fort en mathématiques,n' est-ce pas ? Vous êtes un esprit scientifique ? -(Je me rengorge comme un coq) - Et bien voilà, nous avons décidé d' ouvrir un Cours complémentaire à ...(justement le pays à la belle école - Neuilly Saint Front) - tout est embryonnaire, on va utiliser les locaux d un vieil hospice désaffecté, le Directeur de l' école des garçons assurera les matières littéraires et vous les matières scientifiques, avec le même horaire de 30 heures que les classes primaires et quelques surveillances, les entrées, les sorties, l' interclasse de midi. On ouvre deux classes, une sixième, le recrutement est déjà fait et une cinquième ouverte aux élèves des villages voisins pourvus de leur certificat d'études - le démarrage sera difficile, aucun matériel, mais avec de la bonne volonté, ça doit réussir - vous serez deux pour ces deux classes, l'un dans l' une, l' autre dans la seconde en alternance - Bon, merci, je compte sur vous, je sais que je peux compter sur vous, je connais votre conscience professionnelle.
Tout à fait, M. l'I. OK! La rentrée s' approche, je prépare le déménagement pour lequel j' ai droit à une indemnité mais je dois présenter trois devis différents, je les demande à un déménageur qui à lui tout seul me les fournit tous les trois immédiatement. Bravo! un vrai Pro ! mais quelques jours avant le départ j' apprends que institutrice que ma femme remplace refuse de quitter son logement, et mon remplaçant est là à ma porte avec son mobilier. J' entasse mon déménagement dans un couloir , heureusement mes parents habitent à 25 km seulement de la nouvelle école, on se réfugie chez eux et on rejoint en bohêmes la nouvelle affectation en attendant la stabilisation de la situation. Tout s' arrangera vite cependant.
C' est la rentrée, j' ai ressorti l' essentiel, c' est à dire les vieux livres que j' avais récupérés (déjà raconté) dix années auparavant lors d' une première affectation, manquée au dernier moment, en Cours Complémentaire. Je commence la première heure avec la classe de sixième, mon vieux collègue près de la retraite et en même temps Directeur de l' école primaire prend la classe de cinquième et on alternera au fil des heures dans la journée, on ira dans une classe et puis dans l' autre, lui le littéraire et moi le scientifique. Le problème, c' est qu' il existe deux sorteS d' enseignements, celui sans matériel et celui avec matériel et je suis tombé sur la deuxième catégorie. Je vais devoir, en plus de mes chères mathématiques, enseigner la physique et la chimie et les Sciences qu' à l' époque on appelait naturelles.Quelques exemples : états de la matière, pression atmosphérique, pesées, densimètres, alcoomètres, leviers, dilatations, Mariotte, Gay-Lussac, Archimède, acides bases et sels, oxygène, hydrogène etc... etc...problèmes de physique, équilibrage des réactions chimiques, devoirs chaque semaine à rendre par les élèves.
C' est très sérieux. Mais je n' ai pas de garçon de laboratoire, ni de laboratoire, ni d' endroit dédié. Alors je reprends les brocs de mes corvées d' eau ça recommence, je demande à ma femme ses saladiers pour en faire des cristallisoirs, je récupère ça et là des tubes de verres que je chaufferai pour les tordre et les rendre aptes à mes expériences, je ressors le camping gaz que j' utilisais au beau village pour réchauffer le lait, (déjà raconté), razzia dans la cuisine sur tout ce qui me semble utilisable, j' ajoute des fils électriques, du fil de fer, des pinces et des tournevis. Je retrouve une vieille caisse à munitions récupérée en fin de guerre, il en traînait partout et pas toujours vides, munie de deux barres latérales avec dégagement pour faciliter le transport
j' y entasse cet ensemble hétéroclite, kit du parfait physicien-
chimiste -électricien et je désigne deux porteurs qui assureront chaque jour la manutention pour faire suivre la caisse d'une class à l' autre, ils sont tout fiers de leur tâche, deux classes au début, trois classes l' année suivante, puis quatre classes... et je fais de l' oxygène pour activer les combustions, et je fais de l' hydrogène pour faire voler des bulles de savon et je fais ...tout ce que je peux faire avec pas grand' chose. La mairie me permet l' achat d' un minimum de départ de produits chimiques. Et on s' habitue à cet enseignement avec caisse et arrosoir ballotés de classe en classe. Tout émanant d' une constante improvisation.
Mathématiques, je les ai toujours aimées, comme élève d' abord, rien à apprendre, peu d' efforts à fournir sinon remuer un peu ses méninges et facile à enseigner. Seul ennui les corrections des devoirs et l' obstination de certains élèves à dire qu' ils n' y comprennent rien suivis par les parents qui s' en étonnent en disant "Mon gamin, il est pas plus bête que les autres, il faut seulement savoir le prendre ..." Plus tard quand le Cours complémentaire sera devenu un Collège, et moi un professeur de ce collège, ce sera ma matière essentielle d ' enseignement.
Physique, chimie, j' aime...cependant j' envie un peu mon collègue qui initie ses élèves à la littérature, qui fait des dictées et des conjugaisons... et peut arriver le matin avec une petite serviette, la mienne est très grande, je l' ai achetée exprès, on y trouve tout, de la ficelle, des colles, des pinces coupantes, des coquillages, des fossiles, des minéraux, et même un jour des escargots ...Je précise qu' il n' est pas question d' enseigner la physique ou la chimie sans travaux pratiques, ce serait aberrant... Une création de Cours Complémentaire, futur collège, à l' époque, c' était la nomination de un ou deux professeurs, une recherche de local par la mairie et allez-y débrouillez-vous, merci... par la suite on m' affubla du titre de "pilier du collège" - fierté - médailles.
Un exemple du sens du devoir à l' époque. La première année nous avions deux classes communiquant par une porte Mon collègue directeur dut s' absenter loin pour le décès de sa mère, il s' absenta deux ou trois jours, on ne renvoya pas les élèves, je me suis tenu dans l' ouverture de cette porte et j' ai assumé les cours, tout seul, simultanément aux trente-cinq ou quarante élèves de chaque classe, français d' un côté en même temps que mathématiques de l' autre par exemple, etc...et j' assurai la discipline, avec énorme fatigue consécutive cependant. Prof simultané de 6ème et 5ème en toutes matières avec 75 à 80 élèves et avec déjà quelques irrégularités cardiaques. Je me souviens d' un jour où ayant assuré mes cours toute une journée avec une fatigue extrême, le thermomètre consulté le soir indiqua 40°.
Physique - chimie - passe encore, il y a pire ! les sciences naturelles, pas de leçon sans matériel non plus, j' installe un gros bac en verre de récupération reste d' un vieil accumulateur, je commence l' élevage des tétards de grenouilles qui adultes à chaque coup deviendront des crapauds . Pour oxygéner l' eau, j' y ajoute des plantes aquatiques prélevées dans la Marne ou dans des mares. Sur les rebords des fenêtres je pose des boîtes pour y étaler des cotons humides sur lesquels je sème des graines de lentilles ou de tout ce qui me tombe sous la main aux fins d' étudier la germination. J' achète des moules ou des oursins, je mets en attente des couleuvres dans le formol, à l' occasion on retient un coeur chez le boucher pour le disséquer. Le dimanche chez mes parents quand j' ai fini la correction des copies en retard, je fais la chasse aux araignées, aux papillons, à tous les insectes qui me tombent sous la main. Il faut suivre la nature, les fleurs, les fruits, toujours en recherche. Demain je fais quoi ? Obsession... Le souci me poursuit, que faire en première heure et puis en deuxième et puis...et puis...et avec quoi vais-je le faire. Anxiété permanente que je ressens encore, je ne m' en suis jamais totalement remis de cette anxiété.
Le dimanche, j' aide parfois mon père à bêcher son jardin, je l' ai toujours fait, en particulier en début de cette drôle de guerre où le Maréchal ayant décrété la nécessité d' un "retour à la terre" la municipalité avait mis à notre disposition quelques parcelles d' un bien communal qu' il fallut défricher pour y faire pousser quelques légumes sans lesquels on mourait de faim. Je me fatigue fort, j' ai mal aux reins, mais je suis heureux et je voudrais continuer à bêcher, l' esprit au repos. La fatigue est bonne (n' exagérons pas),il en résulte une plénitude physique. La tête fatiguée, c' est un tourniquet de pensées enchevêtrées.
Physique, chimie, sciences naturelles (ça s' appelait comme ça, maintenant ils ont touvé d' autres noms plus savants), ce n' est pas tout, le pire est à venir, c' est à moi que reviennent les "travaux manuels" comme si ça ne suffisait pas et là je commence à regretter mon beau village vers lequel je suis prêt à repartir avec mes brocs. Les instructions officielles restent assez vagues, disent en gros, qu' il ne s' agit pas d' apprendre des techniques, mais de faire appel au sens créatif des enfants en utilisant des matériaux simples qu' on peut se procurer facilement, facilement ils disent, dans l' environnement. On me laisse totale liberté d' improviser encore une fois. Bien sûr, j' ai décrypté, ça veut dire, débrouille-toi. Alors, j' achète un sac de plâtre, je fais faire des moulages de n' importe quoi, des cartes de France en relief, je trouve des moules pour y couler des nains de jardin, je demande à la mairie l' achat de contre-plaqué, je récupère des morceaux de lames de scies à métaux cassées, je fais découper des lettres en bois pour les petites classes, je fais fabriquer des petits coffrets, des brouettes miniatures décoratives, j' achète des placages de bois pour faire de la marquetterie, je fais tordre artistiquement des gros fils de fer,etc...etc...j' improvise, j' improvise encore, mais à la fin de l' heure ils me laissent un local dans un désordre indescriptible, je devrai revenir faire l' homme de ménage.
J' y laisse aussi pas mal d' argent. J' ai les filles également à m' occuper, alors, là c' est simple, ma femme qui a suivi des cours pour un éventuel enseignement ménager ultérieur me donne un gros dossier de réalisations diverses que je leur confie en leur disant montrez -moi que vous êtes capables d' en faire autant et même mieux- Les filles sont très attachées à leur réalisations et sont souvent des élèves agréables, à part certes, quelques-unes. Je me souviens d' une qui, pour je ne sais quelles difficultés personnelles ou mentales, cherchait souvent à fuir et que j' ai dû maintenir par l' avant-bras, un grande fille de 15 ans, pendant la moitié d' un de mes cours pour ne pas avoir à courir derrière elle au dehors de l' école. Je précise que de toute ma vie de prof, je n' ai jamais fait un cours assis, toujours debout de l' un à l' autre.
En fin d'année,exposition des travaux et vente pour récupérer quelque argent et acheter du matériel,une vraie auto-entreprise.J' en reviens à ma femme qui avait un diplôme d' enseignement ménager, quelques années après notre arrivée furent créées des classes dites "d' enseignement ménager " pour occuper utilement les grandes filles proches de l' entrée dans la vie active. Une non-titulaire fut nommée puis le poste mis en compétition, ma femme postula et fut refusée, la même personne plus jeune et moins qualifiée conserva son poste. Sans commentaire.
Finies mes récriminations ? Pas tout à fait. Je suis également le professeur d' Education physique pour garçons et filles,
parfois j'abandonne ma caisse à munitions pour emmener la classe sur un terrain pas loin, et je les fais courir, sauter sans sautoir bien sûr, se baisser, se lever, et un et deux...et je reviens vite pour l' heure suivante retrouver mes saladiers ou casseroles pour un nouvel éveil scientifique chauffé au réchaud de camping.
On doit aussi donner des cours de dessin, mon collègue s' en charge, dommage, ce serait reposant. Par contre on me charge des cours de musique. Je n ai jamais appris la musique, cependant j' ai toujours aimé et sans être un génie musical, j' ai toujours su chanter un petit air rien qu' en voyant le nom des notes. Je connais donc assez bien mon solfège, c ' est facile, autant que les mathématiques. Voici donc au collège un professeur de musique autodidacte 100%.
Mais pourquoi pas, soyons modeste, quand on a le don. Les phonographes à ressort à manivelle commencent à être remplacés par les électrophones, le mien fera l' affaire avec les grands 78 tours, je l' apporte à ce Cours qui commnence à devenir un Collège.
Plus tard, on introduira dans les écoles, les flûtes à bec, en plastique ou de préférence en bois, de prunier par exemple, instrument de peu d' étendue à son très approximatif difficile à contrôler ? il faut savoir doser le souffle pour obtenir un son convenable à peu près juste et ne pas en sortir des crissements horribles. Imaginez trente-cinq à quarante gamins dans un local avec ces horribles sifflets. De quoi les rebuter à jamais de l' apprentissage de la musique. Plaignez le pauvre prof ! Je faisais des achats groupés de ces instruments pour obtenir une remise de 10% à mes élèves qui oubliaient parfois de me rembourser. J' ai déjà, je crois raconté cette histoire d' une élève de cinquième qui m' avait demandé une flûte et à qui je fis plusieurs fois un rappel pour non- paiement. Après un de ces rappels, elle se leva, droite, et déclara : "Mon père m' a dit : tu diras à Coco que sa flûte il peut..." je n' ai pas bien compris ce qui suivait le "il peut", la parole fut accompagnée d' un geste de la main très appuyé vers le haut et la fillette se rassit très digne. Silence dans la classe. Quoi ? Qu' est-ce qu' elle a dit ? Le élèves se tournent vers moi en incompréhension totale. Je suis éberlué, mon esprit travaille à grande vitesse, je me redis le nom de l' élève et je me souviens d' un lointain camarade d' enfance qui portait ce nom, et que mon prénom Jacques était pour les familiers devenu "Coco". J' ai pensé, ça y est, tu es baptisé jusqu' à ta retraite, ils vont tous s' en souvenir. Avec un regard circulaire et une mimique appropriée j' ai fait comprendre aux autres élèves que ça ne voulait rien dire et qu' on laisse tomber et qu' on recommence à souffler tous le plus fort possible dans les flûtes et je n' ai jamais plus rappelé un non-paiement de quoi que ce soit à qui que ce soit.Je craignais un surnom définif dans l' école mais il n' est pas venu.
Enfin, on nous construisit un beau collège dit d' enseignement général, avec des armoires de rangement, du matériel abondant, une salle spécialisée pour l' enseignement des sciences, des caisses partout dont nous assurâmes nous-mêmes l' ouverture le jour de la rentrée, tout à la découverte du riche matériel dont on était doté. De jeunes collègues nantis d' un CAPES tout frais arrivèrent, professeurs dits "certifiés" et nous fûmes vite très nombreux.
Moi, premier acteur de cette création je devins après plus d' une dizaine d' années et des inspections spéciales pour une pérennisation dans mes fonctions, "Professeur d' Enseignement Général de Collège " (PEGC), on devait douter de moi, car ce fut long, on ne pouvait pas cependant douter de mon expérience acquise à la force du poignet , de l' imagination. et de la persévérance. La différence avec les jeunes arrivants était que le PEGC devait, à la demande, assurer deux matières d' enseignement, pour moi ce fut mathématiques, physique, chimie, de la 6ème à la troisième, plus une option telle que dessin ou musique ou travaux manuels, une autre différence fut aussi que nous devions un nombre d' heures de cours plus élevé et que le traitement de fin de mois était inférieur, selon le principe de travailler plus pour gagner moins. Une autre différence était aussi que nous les PEGC étions par notre origine, partie prenante dans la discipline, la surveillance des cours ou des couloirs, alors qu' un véritable professeur ne se sentait pas toujours concerné par les problèmes d environnement à la sortie de sa classe. On nous avait promis un alignement en horaires de cours et en traitement en récompense de nos efforts de pionniers, il ne vint jamais, on n'avait plus besoin de nous, et je restai donc un "sous professeur" avec un "sous paiement" et un "sur service" et une "sur implication" dans la vie de l' établissement.
Deux ans après l' ouverture, on inaugura le beau collège, grande cérémonie ouverte par mon premier collègue, retraité, devenu Maire, avec les inspecteurs, même ma femme devenue Directrice de l' école de filles fut invitée, même les gendarmes, le percepteur, toutes les personnalités du bourg et on but le Champagne, un tas de monde fit ou écouta de beaux discours, tout le monde se congratula pour cette belle réussite. On me l' a raconté car moi la mairie oublia de m' inviter après m' avoir donné à tout - va , sauf ce jour-là, le titre de "pilier du collège " et je l' étais en effet,j' avais beaucoup porté sur mes épaules. Oubli bizarre. Même l' inspecteur m' oublia, et oublia aussi ma note professionnelle,je ne le vis plus.
Après quelques années, des cars nous amenèrent des centaines d' élèves et bien sûr les locaux devinrent trop exigus, on annexa au collège des bâtiments dits "préfabriqués" absolument inchauffables, entre 0 et cinq degrés certains matins d' hiver, stoïques les élèves gardaient les manteaux et soufflaient sur leurs doigts.
A mes débuts, le recrutement des élèves était sélectif, concours ou examen d' entrée en sixième, arrivée d' élèves munis du Certificat d' études primaires , pas de problème de niveau dans les classes très égales, peu de problèmes de discipline, respect du maître, confiance des parents. Ensuite on remplaça cet examen trop difficile et coûteux à organiser par une admission sur examen des cahiers ce qui signifiait la porte grande ouverte et les classes devinrent de niveau inégal avec des élèves à mon avis trop jeunes pour être entassés à 11 ans dans des autocars, il fallait et il faut encore, je l' affirme, une année de plus à l' école primaire pour les laisser mûrir et s' affirmer et ainsi les niveaux seraient différents.
Je précise qu' on ne m' a jamais demandé le moindre avis et que la Pédagogie a toujours été à sens unique, Autorité vers exécutants. Autrefois on faisait redoubler, on considéra le redoublement et la sélection précoces comme des erreurs et on préféra créer des passerelles à différents niveaux ou des enseignements parallèles. On préféra orienter vers des structures diverses plutôt que sélectionner, on vit apparaître des classes " de transition", des passages en fin de cinquième vers des classe dites "préprofessionnelles de niveau" ou classe dites "ménagères". Une orientation en fin de troisième vers l' enseignement classique long ou court et parfois envoi de ceux qui posaient quelques problèmes vers les collèges techniques comme si les techniques demandaient moins d' intelligence. On créa des organismes d' orientation qui pouvaient recevoir chaque élève, on discuta avec les parents, après des tests complets pour aller vers la meilleure voie. Le principe était bon et les efforts de l' Education nationale réels. Chaque élève avait sa chance.
J' ai quitté le bateau depuis longtemps et je sais qu' il tangue souvent, le monde a changé, des problèmes sont apparus qui n' existaient pas à mon époque, ce n' est plus la même école et j' y serais totalement étranger.
mardi 4 février 2020
Ecole
...de Charly sur Marne années 1930 - 35
au milieu en bas petit timide - mal assis - les pied touchent le sol -
au milieu en bas petit timide - mal assis - les pied touchent le sol -
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