dimanche 1 novembre 2020

Jeunesse

Jeunesse de Jackely où es-tu ?   Que sont tes cheveux devenus ?

lundi 6 avril 2020

Souvenir de potache






Souvenir de potache et grosse émotion

    Un jeudi après-midi de 1943, avec un camarade on déambulait au hasard des rues de la ville de Laon et on vint à passer devant la "Kommandantur" siège du commandement allemand dans chaque ville. La guérite de la sentinelle de garde était bizarrement vide, le camarade se positionne (bêtement, ça va sans dire) à l' intérieur et prend la position figée qui convient, il sort, et à mon tour pour ne pas être en reste, je fais de même et singe la sentinelle, quand tout à coup je vois devant moi, une haute silhouette vert de gris, celle d' un officier allemand surgi de nulle part, qui me dit avec un fort accent :" Ket-eu  fou là ? "

panique, je bredouille, la pluie...s' abriter ... je me glisse lentement vers l' extérieur, je me fais mince  entre la guérite et l'uniforme, je parviens à sortir sous le regard pénétrant de       l'  homme qui ne riait pas du tout, et côte à côte, avec le camarade, on part lentement, l' allure dégagée, suivis des yeux par l' officier, jusqu' au prochain croisement, et à partir de là course éperdue à toutes jambes jusqu' au lycée où on arriva épuisés
.


Cette stupidité aurait pu entraîner des conséquences graves, passage à tabac ou pire encore,mais  l' homme a dû excuser une sottise de potache, je  l' en remercie encore, on ne peut pas confondre l' individu et le groupe. Mais, pas fini...

    

Le lendemain, j' arrive dans la salle d' étude, le surveillant me dit: "Tu dois aller chez le censeur, des gendarmes te demandent". Panique, ils m' ont identifié à la Kommandantur   qu' est-ce que c' est ? 
Entrée dans le bureau du Censeur, personnage glabre, froid, rigide, comme il sied à sa fonction. "JB, des gendarmes ont demandé à vous voir. Vous êtes sorti hier jeudi ? Oui, M. le censeur. Un gendarme en service
m' a dit connaître un de nos élèves, vous, il est votre correspondant, vous devez faire signer chez lui, à chaque sortie, votre bulletin de sortie. Oui...M. le censeur. Il s' est étonné de ne pas vous avoir vu depuis plusieurs semaines et pourtant j' ai là, je vous les montre, des bulletins signés. Confusion totale, bredouillage et aveu...oui, je les ai signés moi-même. S' ensuivit une leçon de morale et je fus amnistié, à condition bien sûr que ce soit la dernière fois. Oui, je m' y engage ...Merci M. le Censeur. "et soulagement, rien à voir avec la sottise de la guérite à sentinelle de la veille.

    

 Ce gendarme était originaire de mon village,  je lui avais demandé d être le correspondant chez qui je devais me rendre à chaque sortie (vraiment une autre époque), mais c' était loin et je n' aimais pas trop les gendarmeries, alors...


    Le jeudi suivant, je me rendis chez mon correspondant gendarme, bulletin en main, un peu circonspect, je fus accueilli par l' épouse " Vous ne vous rendez pas compte de votre comportement, imiter une signature et en plus...celle d' un gendarme...etc...etc..." (Sûr que celle d' un gendarme, j' admets que c' est fort coupable, celle d' un autre passe encore ...). Réaction à  l' adrénaline, sans en écouter davantage, je pris la porte et ne revint plus jamais. Mais, il me fallait redéposer chez le censeur le bulletin du jour, qui n' était pas signé. Qu' eussiez - vous fait ? Vous auriez comme moi imité encore une fois, la dernière, c' était juré (encore une fois), la signature du gendarme. Le censeur prit mon billet, vérifia qu' il était signé et homme intelligent admit pour véritable la signature en bas, sans manifester le moindre doute puisque j' avais promis de ne pas recommencer.


    Le jeudi suivant, je trouvai un autre correspondant, un tenant de bar qui était d' accord pour moyennant une petite consommation de temps à autre , déclarer sur papier être mon nouveau correspondant.


Je suis rétrospectivement encore tout ému

                              JB

   

dimanche 5 avril 2020

Grande frayeur

 


 

     Voyage dans le temps qui me ramène en l' an de grâce1950. Je suis dans un village de la vallée de l' Ourcq, comme son nom l' indique, où je suis "échoué " par la volonté d' un supérieur, qui a décidé qu' il me serait bon d' aller parfaire mes talents de pédagogue dans un monde très rural.Classe unique, tous les cours, une trentaine d' élèves plutôt sages et attentifs.                                                                                                                                

Hiver froid. Le poêle de la classe m' a joué des tours, bois d' allumage humide, alors les grands moyens, je verse dans le corps du poêle un grand verre d' alcool à brûler, rien, une minute après j' ouvre le haut du poêle et je me penche pour voir s' il reste une braise et là, je ressens un grand souffle une grande gifle lumineuse et dans une glace je vois un visage, que n' aurait pas renié le dernier des derniers habitants du plus profond de la forêt équatoriale.


  Pas de chauffage dans l' appartement coincé entre la mairie et l' école. Je ne tourne même pas, le soir la clé dans la serrure,

 je n' ai rien à offrir aux voleurs , après quatre années, où 90% de mon salaire, ridicule, ont été consacrés à ma pension complète (sauf petit-déj) . Ici, mes émoluements de secrétaire de la mairie, suffisent tout juste à payer mes cigarettes dont, à l' époque, je fais très ample usage pour chasser mon stress, et  l' essence du petit vélomoteur.  Je reviens à mon appartement froid, où un matin, dans le couloir du bas, je dus, pour rejoindre la salle de classe, enjamber un clochard qui dormait là, étendu par terre, deux litres vides à côté de lui expliquant son profond sommeil. A midi, il était parti et dès ce 
jour, je résolus de fermer ma porte, le soir à double tour. Mais, attendons la suite...   



Quelques jours, après l' incident  signalé, réveil anxieux en pleine nuit, des bruits de pas, et même de plusieurs pas, le clochard est revenu, non,   j' ai fermé la porte. Et çà se rapproche, c' est dans l' escalier, livide et le coeur à 150, je saute du lit, je prends position dans l' angle opposé à la porte dont je guette  l' ouverture, décidé à défendre chèrement ma vie, et puis plus, rien, ils sont partis. Je sors de la chambre, personne, pas de traces.  Lendemain, la nuit, ils n' oseront pas revenir, et bien si, ils sont revenus, ma peur est vaincue, je sors, lampe électrique à la main, l' autre munie d' un solide gourdin. Rien. Mystère entier. Matin froid, j' endosse mon manteau bleu tout neuf, qui m' a coûté presque un mois de salaire et ma main passe au travers de ma poche, plus de poche, je vais à ma valise en bois, sans roulette, pour en sortir mes gants faits de laine et je vois sur le dessus, près de la serrure, un trou de 1 ou 2 cm de diamètre, bien rond, tracé au compas, ridicule pour un voleur, débile,  elle n' était pas fermée à clé. et je commence à croire à des stupidités de fantômes pas bien dans leurs têtes.                                 .                                                                                         ???



Forte tension nerveuse, la nuit suivante, cette fois c' est l' apothéose, ils marchent dans la chambre. Lumière, et je vois une colonie de loirs qui s' empresse de déguerpir en passant par un trou dans le mur qui permettait à un tuyau de poêle virtuel d' évacuer sa fumée dans une cheminée. 

 Soulagement, ce n' est que ça. Ce sont de gentilles petites bêtes inoffensives, comme de petits écureuils avec leur queue en panache. 


Je résolus de vivre en bonne intelligence avec eux, je m' en accommodai et leur fit même don du reste de mon manteau bleu. Mais attends, l' histoire n' est pas finie. Je reçois une visite, le meilleur ami, vous savez celui à qui on raconte sans retenue aucune, toutes ses petites aventures en échange des siennes. En permission dans son service militaire il s' était empressé de me rejoindre sur son vélo. Petits gâteaux, saucisson sec, une bonne bouteille, peut-être deux car les confidences c' est parfois long, la nuit bien avancée, " je couche où ? "  Bonne question comme on dit, je n' y avais pas pensé. Voilà, facile, je descends mon matelas, je le mets par terre pour toi et moi je dors sur le sommier, confort oblige pour l' invité.


Et on dort à poings fermés. 


Au milieu de la nuit, je suis réveillé par un hurlement horrible, lumière dans la demi-seconde et je vois un individu hagard, le bras tendu et au bout de ce bras, un loir qu' il tenait dans sa main. Et un énorme rire, me prend encore maintenant,                                                          je ne peux  l' arrêter.                                               


Hélas, l' ami n' est plus là pour le partager.





Mon baccalauréat


   

          
 
          
Le baccalauréat autrefois
 


II se passait en deux étapes en deux années consécutives. Première partie examen général , je le passai en 1944 à Château- Thierry dans la grande salle de la Mairie. J' étais venu la veille, sur un vieux vélo et je fus hébergé chez ma soeur, postière à cet endroit, mais...dans la soirée, on entendit des bruits, pas trop lointains, de bombardement et on fut invité à gagner les abris. Partout, on avait recensé les caves "abris" susceptibles       d' accueillir et protéger les habitants, de telle sorte qu' on risquait de finir sous des tas de décombres, à mon avis, il était mieux de s' allonger dehors sur le sol avec prières aux anges gardiens.

Après quelques heures dans   l' abri, on regagna la chambre, et le lendemain, avec un gros déficit de sommeil, je me rendis au lieu de la convocation espérant que l' examen serait reporté (un tunnel de chemin de fer proche avait subi un bombardement par les forces alliées).  Erreur d' appréciation, l' examen eut lieu, une dissertation en particulier sur la littérature du XVII ème siècle, je possédais mon sujet mais mes yeux se fermaient et j' en oubliai un,le principal, la gloire du pays, à la sortie tout le monde saluait l'opportunité qui nous avait été offerte de louer la Fontaine, le grand fabuliste local,j' avais parlé de tous les autres, "la racine de la bruyère boit l' eau etc.." Je l' avais oubliée la célébrité locale. Désespoir. Admis quand même.


 Deuxième partie, ce fut l' apothéose. Je ne  craignais pas l' examen étant bon élève, avec une scolarité cependant perturbée par les bombardements d' avril 44, des nuits passées dans les sous-sols du lycée faisant office d' abri, des lendemains marqués par l' absence de camarades externes victimes des bombes déversées sur la ville, la vision des maisons éventrées, désastre total. Revenons à l' examen, j' étais tellement sûr de moi  que je ne pris pas même la peine de lire entièrement le texte du problème de physique et que je fis se balancer un pendule dans un champ magnétique allant de haut en bas alors que l 'énoncé disait de bas en haut d' où inquiétude à la sortie mais j' avais fait la totalité des maths, donc admis quand même à l' oral et pas un oral pour rire, un vrai examen à but éliminatoire et non de repêchage.
  On nous autorisa donc à quitter le lycée de Laon seuls, (habituellement on sortait le jeudi dans l' après-midi, quelques heures, sauf "colles" et promenades surveillées ), et je pris le train pour Lille avec seulement de quoi payer mon billet aller-retour, rien d' autre. On verrait bien. Je   n' étais pas le seul dans cette situation, à Lille, on se posa la question où va-ton passer la nuit ? On pensa se faire héberger au lycée, refus net et sans appel, on projeta de faire le mur pour entrer dans le lycée et  rejoindre l' infirmerie sans se faire remarquer, on l' avait déjà fait une fois à Laon, mais pas de mur à escalader, tout fermé, tout clos, déception, alors on déambula comme avec   l' ami Bidasse à deux ou trois, les autres avaient des adresses pour leur hébergement, on resta à deux, et la nuit vint, l' un des deux (ou trois , je ne sais plus) trouva la solution, on se renseigna pour savoir s' il existait un asile de nuit pour clochards. On trouva l 'asile, on s' allongea parmi quelques miséreux, sans se déshabiller et avec beaucoup de craintes de toutes sortes, vous les imaginez. Au matin on nous servit un café et le ventre vide depuis la veille à midi, on rejoignit le centre d' examen.  Premier interrogateur, un professeur de philosophie, bien installé sur sa chaise
qui me demanda si l' analyse devait rendre raison à la synthèse dans les sciences expérimentales (ou quelque chose d' aussi passionnant). C' est alors que je sentis une tempête dans mon ventre, un cataclysme,  et demandai à courir aux toilettes où j' arrivai une demi-seconde avant le désastre total . Je revins, on changea le questionnaire, car je pouvais être soupçonné de tricherie, je répondis  n' importe quoi à je ne sais quoi car 
j' étais loin de la philosophie  pour laquelle habituellement pourtant 
j' avais un  faible et de bonnes appréciations , mais la tempête interne     n' était pas apaisée, j 'allai en chimie où on me demanda un exposé sur le méthane que je connaissais de A à Z ou plutôt de M à E, mais j' étais paralysé car le méthane accentuait dans mon ventre son tourbillon et je ne savais même plus la signification du mot, je craignais la Berezina, et je bafouillai pas grand chose de bien audible. 

Je ne savais rien, je ne voyais plus rien, je me demandais dans quel monde j' étais, non nourri, malade, défaillant, désespéré total , sans vêtement de rechange, sans argent, plus rien dans la tête et la suite des interrogations ou plutôt interrogatoires fut le même désastre et le même martyr. J' obtins quand même, je me demande comment, je n' y croyais plus,  mon titre de bachelier, mais je n' ai pas le parchemin ayant omis de le réclamer un an après, par esprit de vengeance contre l'institution, j' étais un peu hors norme dans ma jeunesse. J' ai dit gardez-le votre papier sans mention, je mérite mieux que ça, je possède un simple petit document rose, une attestation provisoire.  Je rêve souvent que je retourne à l' école et que je  parviens enfin  à décrocher un beau diplôme vantant mes capacités.
On a tous des moments de vie difficiles comme celui-là, où on se demande ce qu' on fait sur cette terre, mais  il fut un temps où  c' était  vraiment par trop répétitif.
                              JB
        
                                     

      
 
          

        
  
                                   

mardi 25 février 2020

Bonhomme 1 - Gros chagrin


   GROS CHAGRIN. 
Je venais tout juste d'entrer à la "grande école", 
j' arrivais de la Maternelle avec déjà un bon bagage, je savais lire car   
  j' avais bénéficié d' une méthode d' apprentissage d' une efficacité absolue.


Maintenant on discute sans fin. Syllabique purement mécanique,  B- A BA qui fait ânonner nos enfants,  P-A PA, PAPA, ça y est, il a lu PAPA mon petit génie en herbe mais sa lecture reste saccadée et il ne comprend pas trop ce qu' il lit.  Alors essayons la "globale" on le fait lire, et après quand il saura bien deviner ce qu'on lui propose à lire, alors on lui apprendra à lire. Risqué, Il croira tout savoir mais à l' approximatif et on fera un raté de mon bambin pourtant si intéressant et si j'osais le dire "surdoué", il portera toute sa vie ce lourd handicap. Un mélange des deux, peut-être...

 Ma méthode maintenant , celle du     " cheval de bois".
La maîtresse, elle s'appelait Thérèse - (curieux les souvenirs j' ai photographié la scène dans ma mémoire d enfant de quatre ans et je me revois courir dans la cour de l' école maternelle , la maîtresse faisant un pas pour m' éviter et moi de même d' où collision entre le gamin et la maîtresse), je disais donc que la maîtresse, Thérèse (et je me souviens aussi de son nom de famille ainsi que celui de la petite dont j' étais très amoureux à qui je donne la main dans la photo plus haut , le petit couple à gauche de la photo, elle s' appelait Michèle, fille de médecin elle était si belle et j' avais ressenti déjà qu' elle était inaccessible d' un niveau social plus élevé que moi - oui je m' en souviens vraiment) me faisait venir de temps en temps, pas seulement moi bien sûr je ne suis pas seul au monde, à son grand bureau là-haut sur une estrade, elle me montrait des lettres et des mots grand format, je répétais, j' enregistrais et quand c' était bien       j' avais droit à une séance  d' équitation sur le grand cheval de bois au fond de la classe.Le bonheur absolu (Le "pied" comme on dit maintenant, et j'ajoute,  à l' étrier).


Chaque progrès, une galopade (il était à bascule en plus) j'en ai fait des randonnées. Vous pensez si je savais lire  en rejoignant la grande école où je suis maintenant, le maître chargé de m'apprendre à lire, puisque je sais lire ça lui facilite la tâche, me prend en amitié et m'appelle "Bonhomme". Classement, à l'époque il fallait se situer les uns par rapport aux autres et honte au dernier même s'il n'y peut rien." Bonhomme" est le premier et ça dure, sauf une fois, et justement celle où le maître ayant récupéré quelque part un album pour collectionner les vignettes qu'on trouvait dans les tablettes de chocolat, le présente comme récompense suprême au premier Et ce mois-là, pour la première fois Bonhomme est deuxième. Drame, désolation, déception, ce bel album bleu, Bonhomme devenu vieux  le voit encore. 

Arrivée à la maison, présentation du cahier à la maman l' oeil humide. La maman compte, tant en calcul, tant en lecture, tant en je ne sais pas quoi .Ton maître  s'est trompé dans son addition, tu as un ou deux (je ne sais plus) points de plus. Joie indicible pas pour la fierté d 'être le premier, mais pour le merveilleux album qui allait me revenir. Bien que d'une timidité extrême, j'osai en parler au maître. M' sieur, ma mère (qui savait compter, je lui faisais confiance) elle a dit que je dise au maître ...Mais c'est vrai, Bonhomme et tu es le premier, je suis vraiment désolé. Oui M' sieur, mais l'album. -  Bonhomme, tu comprends que je ne peux pas le reprendre et je n'en avais qu'un seul, je pense que ça ne te fait rien, c'était pas grand' chose -  Non, M'sieur, tant pis, ça ne me fait rien du tout.  Désespoir total, j'en ai les larmes aux yeux en l' écrivant.



PS. Une dame de Charly après lecture de mon blog m'  a fait parvenir un vieil album retrouvé du chocolat Menier  (et non Meunier). Mille mercis.
                                           JB


Bonhomme 2

  Qu' est "bonhomme" devenu ? vous savez peut-être si vous me lisez parfois " bonhomme était le nom affectueux donné par l' instituteur des premiers âges (cf : Le bel album du chocolat Menier )   Je le vois sur la photo de sa communion solennelle - en bas 4ème de droite à gauche, se faisant tout petit  sur un banc, osant à peine s'asseoir entre les deux encadrants eux largement installés sans complexes.

   Lui il  est plein de remises en question, toujours craignant de mal faire et surtout de gêner, toujours en retrait, inhibé, en bout de table, alors, quand on vient le chercher d'une classe supérieure pour faire honte aux grands dadais qui ne savent pas même calculer la surface d'un trapèze, il n'ose pas refuser mais il bégaie en parlant de la demi-somme des bases etc...en plus il sait qu'il y a une deuxième mi-temps que le maître qui l'envoie ignore, la récréation où il a intérêt à se faire tout petit derrière les arbres, il sait qu'il court moins vite que les grands dadais et que, à la récréation, il y a inversion totale  des valeurs, la surface du trapèze, tu parles si on s'en......  Pas rassuré "le petit chose" je voulais dire" le petit B", et le maître en inconscient qui l'envoie encore au feu. 
Le p' tit B est en bas au milieu les pieds au sol assis timidement l' air grave, pauvre petit !
    Pas armé pour ce monde difficile. Pourtant, il avait repris confiance en lui quand il était encore "Bonhomme", on lui avait appris la table de multiplication et il s'aperçut que dans la grande section on faisait des multiplications à deux étages, il se dit qu'il ne saurait jamais faire ça, nouveau désespoir, alors il a réfléchi, réfléchi à s'en faire mal à la tête et d'un seul coup la solution pour cette multiplication lui est apparue et il en fut tout ragaillardi. 


    Entrée donc en confiance dans la grande classe, "Bonhomme" est maintenant "le petit B", encore ratatiné sur lui-même qui observe. Comment ils font pour ne pas savoir transformer des hectolitres en centimètres cubes, ou admettre une fois pour toutes que les surfaces vont de 100 en 100 et les volumes de 1000 en 1000 et que les fractions, on les simplifie avant de les réduire au même dénominateur Pas surdoué , seulement apte à une réflexion un peu entachée d'émotivité ( Il a des capacités ce petit dit-on à l'époque) par exemple il se rappelle avoir calculé la surface de la terre en kilomètres carrés il en est tout effrayé, terre et océans compris simple, quatre fois la surface d'un grand cercle, soit  6371 (km) , multiplié par 6371 et par 3,14  et le tout par 4 , pas de machine à calculer à l époque alors deux décimales pour pi, c'est  déjà pas mal, il voit que c'est grand et son volume ? facile : le pi à tout faire multiplié par quatre multiplié par 6371 et encore une fois et encore une fois,  on divise par 3 et c'est joué, guère plus compliqué que le trapèze, mais un nombre énorme et si c'était des litres d'eau, combien ça pèserait - effrayé par les grands nombres. Vous voyez qu'il se pose des questions le petit
et d'autres encore sur l'existentiel, pourquoi il est là, dans cette classe et pourquoi beaucoup  d' autres sont moins angoissés, en plus il ne comprend pas toujours ce que disent les adultes dans leurs conversations et ça le chagrine beaucoup. Un bon petit.     (a suivre )          
             Le p' tit B en colonie de vacances, en bas en pull gris, facile à reconnaître, total inadapté à la vie en groupe, le seul qui ne rit pas. Qu' est-il venu faire là ?    (sixième de gauche à droite)                                                   

lundi 24 février 2020

Bonhomme 3

Qu'est devenu "Bonhomme" ?

Il est devenu "le petit B" et le petit B n'est pas parfait, loin de là.
     Deux faits très graves
 1. B a triché. Une défaillance et Petit B qui ne se doutait pas de la survenue d'une interrogation écrite piège est piégé et répond un peu, mais pas trop. C'est son voisin qui est chargé de le corriger et le noter, et vice- versa. Le voisin n'en sait pas plus que petit B sur les réponses. Dans la panique, une solution apparaît. Je te mets 5 (sur 10) et tu me mets 5. Je suis honnête, j'aurais pu dire, tu me mets 8 ou pourquoi pas 10. Le maître qui a une foi totale en ses élèves relève les notes. Petit B, comment fais-tu pour avoir 5 avec 5 questions notées chacune 2. Tu sais bien, Petit B, je ne te l'apprends pas qu'un nombre pair multiplié par un nombre même impair donne toujours un résultat pair. Alors tu as 4 ou 6 et même tu vas plutôt avoir zéro. Bafouillage pas net, vexation totale, rigolades latérales, perte de la confiance du maître et j'avais cru être honnête avec mon 5, çà m'apprendra la prochaine fois c'est 10. Mais j' affirme qu'il n'y a pas eu d'autre fois où j' aie réglé l'urgence de cette façon.
Cette méthode de notation rapide inter-élèves était parfois nécessitée par l'importance du travail de correction de l'enseignant. Je me souviens quand j' avais 120 ou 130 copies à corriger chaque semaine, à minimum 7 ou 8 minutes par copie, prenez la machine à calculer et qu'en plus après une dizaine on est obligé de faire une pause, les dimanches étaient les bienvenus pas pour fainéanter mais pour finir l'ouvrage. Je n'ai jamais jamais eu recours à ce système, je me suis amusé un jour cependant, à une interro-surprise de ce genre, j'ai surveillé les regards en coin, les connivences de correction, je les ai vus tous, c 'était gros comme ça, je n'ai pas relevé les notes ni fais de réprimandes. Mais j' affirme qu'il y a des élèves honnêtes et incorruptibles surtout chez les filles et même chez les garçons.

2. C'est bien plus grave. Je sors dans la rue, but, une partie de billes, une revanche à prendre. J'arrive chez le voisin qui passe la tête par la fenêtre et tout triste me dit que son père l' empêche de sortir. Il était vraiment pas drôle cet homme et je le craignais un peu. Il apparaît, le père, B, tu as vu que le maître a donné un coup de pied (et même dans le ventre) de F (son fils). Je bredouille, rien vu de comme ça. Il insiste, hein tu l'as vu, le F me souffle par la fenêtre, dis-le sinon, je  pourrai pas sortir, mais c'est pas vrai, ça ne fait rien, dis-le quand même -cornélien- Le père insiste et passe au chantage, (véridique), si tu le dis, il va aller jouer avec sinon il ne sort pas. Alors je bafouille  quelque chose qui est ni oui ni non, peut-être bien s'il le dit, mais j'ai pas vu grand'chose...qui est interprété au vol comme un vrai oui. La partie de billes commence et je ramasse deux ou trois cents grammes de billes, que je n 'ai pas rendues. Je croyais l' incident clos, mais le lendemain le maître m'interpelle, ce soir tu m'attends à la sortie, j' ai à te parler, il paraît que tu as dit ...Panique,


 le soir, j'ai attendu quelques minutes décidé à faire un exposé total, le chantage, l'acquiescement très incertain de circonstance justifié par la revanche aux billes, j'ai attendu 5 minutes et j'ai détalé à toutes jambes. Pas de suite, on n'en a plus parlé, je suppose que le père avait dû se faire envoyer au diable, il le méritait bien. Mais j'ai traîné le remords, je n'avais pas dit oui mais pas vraiment non non plus et j'avais certainement perdu une deuxième fois la confiance du maître. Si ça avait été maintenant je suis effrayé des conséquences
Depuis, je suis très réservé sur la parole des enfants qu' "on ne peut pas mettre en doute", je suis effrayé parfois de ce qu'on peut leur faire dire, car un enfant a peur d'être puni s'il ne sait pas sa leçon, c'est à dire s'il ne dit pas ce qu'on attend de lui, l' enfant veut faire plaisir et aime qu'on lui souffle la réponse. J'ai entendu dans ma carrière des mensonges patents dits avec des accents incroyables de sincérité et des accusés à tort, ne savoir comment se défendre. Prudence donc.

Bonhomme Peti B craint d'avoir perdu l' estime de tous
     Mais Il a soulagé sa conscience
              Réconfortez-le vite
                        car actuellement
                                     Il évoque Villon
                                               "Et priez Dieu que tous nous veuille absoudre !"